La sixième…

Le 19 avril est toujours un peu spécial pour moi…

La Planète interditeTout a commencé début 2001, l’année des 30 ans… Ce nombre « 2001 » qui me faisait halluciner grave quand j’étais gamin… ce nombre que je regardais en me disant « Tu auras 30 ans en 2001! ». Le truc qui me semblait à des milliards de millions d’années-lumière. Et pourtant, elle est arrivée.
Ce fut l’année où j’ai récupéré mon visa vacances-travail pour le Japon. Pas mal comme cadeau de 30 ans pour soi. La candidature – véritable dossier de candidature avec tout un tas de papier, de lettre de motivation, rempli non sans une grande appréhension- avait été déposée début combien de guichets dans notre vie?février et remis à la personne du guichet, qui avait regardé les papiers quelques secondes – là où j’avais des semaines pour tout compléter – et me dire un « C’est bon! ». « Euh, c’est quoi qui est bon? Le dépot de ma candidature? » « Ben non! Votre visa! C’est bon! » « Mais quoi c’est bon?! » La tension montait! Elle ne se rendait pas compte celle-là. Le temps, l’énergie et le stress investit dans cette candidature! « Ben, vous avez votre visa! » Et moi, les yeux écarquillés, sous le choc: « C’est tout?! » plus choqué par le fait qu’une « simple » personne au guichet et non tout un jury de recruteurs aux dents longues accepte ma candidature. Mon visa!Non, simplement, j’avais parfaitement bien rempli et fourni les documents nécessaires, ce qui suffisait pour accepter la demande. Simple comme sélection. On devait pas se bousculer au portillon en 2001 alors… Le 26 février 2001, un énorme tampon était aposé sur toute la onzième page de mon passeport. Je n’étais alors pas peu fier!

Les préparatifs s’en sont suivi dans tous les sens. J’étais à ce moment-là en Allemagne et je devais organiser mon départ d’Europe… Mine de rien, c’est pas rien comme préparatifs ça: quitter un continent! Tellement de choses à faire… et administrativement, j’ai pas fait toutes les démarches en France… comme avec les impôts par exemple… ils doivent attendre que je rentre bosser en France pour m’attraper. Attention, j’ai payé tous mes impôts, pas de problème. Allez pas cafter hein! Non, c’est juste que j’ai jamais fait ce quitus fiscal… Bon, on s’en fout!

Il fallait obtenir le visa avant 30 ans. C’était impératif. Arriver avant 30 ans? C’était pas obligatoire. Je ne sais plus tellement comment j’ai décidé la date de départ. Il faut croire que je m’étais organisé, que ni boulot, ni obligations me retenaient, aussi ai-je fixé le 19 avril 2001, avec un vol Lufthansa, au départ de Francfort, un aller simple. Les hotesses?…Acheter un aller simple… et la femme à l’enregistrement de mes bagages de me demander un justificatif pour n’avoir besoin que d’un aller simple… Non mais attends, je fais ce que je veux! Cette page 11 remplie de son gros tampon s’avéra efficace puisqu’elle ne me demanda pas d’acheter un billet de retour sur le champs…
A commencé un déplacement d’une longueur hallucinante… Entre le départ d’Heidelberg où je vivais et mon premier soir, couché dans mon lit à Tokyo, il a passé 24h… sans dormir… L’excitation, l’avion, le Japon, Tokyo… pas besoin d’amphétamines… la drogue était générée directement par mon cerveau et envoyée pure dans le sang. Je bondissais partout! Aucune solution de synthèse ne serait arrivée à la cheville de ce que me procurait l’excitation! Aucune!

L’attente fut interminable: enregistrement des bagages, salle d’attente, vol, récupérer les bagages, sortir de l’aéroport… trop long! Mais quel saveur! Chaque seconde comptait et me rapprochait de mon but! L’arrivée dans le centre de Tokyo fut toute aussi longue. En effet, je suis arrivé ici avec très peu d’argent. billet de 1000 yensJe n’avais aucune économie, j’avais peu de liquide sur moi, j’étais pauvre. Vraiment pauvre (j’ai bouffé des pâtes à la sauce tomate en boîtes pendant des semaines!) Je n’avais donc pas les moyens de me payer le train express qui met une heure entre l’aéroport et le centre. J’ai donc pris un tortillard qui s’arrêtait absolument partout… et qui a mis un temps démentiellement long jusqu’à la gare de Tokyo! J’étais épuisé, exténué et pourtant… pourtant je profitais de chaque détail qui passait devant mes yeux. L’arrivée à l’aéroport n’est pas si impressionnante puisque ça reste un endroit international, non typique. une photo d’il y a 6 ans…Mais dans ce train-escargot, plus je m’éloignais de cette zone internationale, plus il devenait authentique… plus je plongeais et disparaissait dans la localité du pays. J’en pleurais. Dans la rame, je regardais ces publicités aux signes incompréhensibles. Je dévisageais les passagers qui montaient dans le train, s’asseyaient en face de moi. Je les regardaient évoluer dans leur environnement: lire, dormir, Une autre vieille photomanipuler leur portable, être debout, s’asseoir, me regarder. Et puis je regardais par la fenêtre. J’observais tout autant ce paysage évoluer sous mes yeux, ces transformations spatiales défilant sur l’écran de la fenêtre. Je découvrais les forêts de bambous. Je découvrais les maisons aux toits bleues et aux formes inconnues. Je découvrais la densification urbaine. Je découvrais les immeubles. Je découvrais les gratte-ciel.

Le choc fut total en arrivant à la gare de Tokyo, sans aucun repère. Une gare qui fait ressembler Châtelet-les-Halles (les non parisiens peuvent choisir la plus grosse gare européenne qu’ils connaissent) à une gare de province… Ce complexe où il me fallait prendre la ligne Chuo [tchouo] bien que parvenant à trouver le quai, j’étais cloué sur place: que faire? que prendre? quelle direction? La ligne Chuo à la gare de TokyoAbsolument zéro-aucun-rien-que dalle-pas du tout- d’anglais… seulement ces signes incompréhensibles qui me narguaient… ça y est! J’étais dedans: le choc culturel. Je regardais désespérément le panneau qui je le devinais donnait la liste des arrêts: mais lesquels? Un autochtone en costume (càd un salaryman) me donna la réponse: « This one! »
Un autre trajet qui dura encore longtemps.

En arrivant à cette gare complètement à l’ouest de Tokyo – je venais de l’est, où se trouve l’aéroport et je venais de faire je ne sais combien de kilomètres (je sais maintenant qu’il y a un peu plus de 100km de rails entre ces deux points…) – j’ai téléphoné à la directrice (sic) de ma guesthouse, mon logement de pauvre. Une japonaise – complètement à l’ouest (ha ha…) – est arrivée dans sa grosse voiture rose! Et vlan, le deuxième coup du choc culturel! 😀
– I love you car! You bought it pink?
– Honto?! Really?! (Elle mélangeait les deux langues comme beaucoup de gens ici) I looooove pink!
Oui, je crois que je m’en serais douté… 😀
l'entrée... Tour de la maison, explication du fonctionnement et des règles… « euh mam’zelle je suis t’ès fatigué là di-don’… je peux p’end’une douche? » Après la douche, je me suis posé 30min sur le futon de la chambre, cette chambre de 6 tatamis (environ 10m²) avec des tatamis justement (mais recouvert de moquette… c’est plus facile à nettoyer!) Ma chambre?. Mais les sécrétions cérébrales repartaient de plus belles pendant cette phase de pseudo repos… en se distillant dans le sang, la drogue me suggérait: « Souviens-toi des pages de ton guide touristique sur Shibuya que tu lisais dans l’avion… souviens-toi… ça te démange hein?… tu meurs d’envie d’y aller hein?… » C’était trop intense. J’ai repris le train vers l’est, pour me rendre à ce qui me semblait sur le papier fascinant.

Prise en novembre 2001J’ai dû débarquer vers 18h-19h, je ne sais plus très bien. Nouvel atterrissage sur la planète Japon: Shibuya. C’était un jeudi soir. Je suis sorti – par hasard – à Hachiko (qui est the sortie de la gare de Shibuya) . Il faisait déjà nuit et tout mon souffle fut coupé raide net devant cette place immense avec ses néons partout, ses écrans géants, son bruit et surtout ce carrefour où toutes les voitures s’arrêtent en même temps et où tous les piétons traversent en même temps. J’étais dans la tanière Tokyo, ça y est, je l’avais devant les yeux! C’était le dernier choc culturel de la journée et il était de taille.
Aussi prise en novembre 2001 Je me souviendrai tout ma vie de cette sensation. J’étais un zombi abasourdi par ce qui se déroulait devant mes yeux. Rompu de fatigue, la bouche ouverte et probablement incontinente de sa salive, le talon traînant sur le sol de ce carrefour, les yeux qui avalaient toutes les informations: « J’Y SUIS! » me suis-je hurlé dans la tête! Jamais je n’avais ressenti cela auparavant. Jamais. La puissance de ce rêve qui se réalisait sous mes yeux est à jamais gravé dans ma mémoire.

Aujourd’hui, je fête le sixième anniversaire de ce choc.

La « septième… »

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9 comments

  1. Ouahhh! C’est super! Plein d’émotion dans la voie des mots. On aime…
    Je sais maintenant pourquoi the Shibuya walk du site est ma promenade préférée. Ya dedans un petit quelque chose du coeur en plus.
    Merci pour ce plaisir suplémentaire.

    Tonton Gilles

  2. Ahhhh! Bon Anniv’ mon Linou… Tu l’as réalisé ton rêve et tu le vis depuis 6 ans!!! Peu de gens peuvent se vanter d’avoir fait cela.
    Bravo et bon vent pour les 6 prochaines….
    Grosse bise…
    « Petite » soeur jumelle du soleil levant!

  3. tu n’as pas trop déchanté depuis ?

    m’enfin je veux dire, quelques semaines ca doit etre sympa, mais 6 ans au japon, chapeau !!!

  4. Ah….moi,je me souviens du 19 avril, 2006… vers 20h 30..
    Une bonne surprise de mon prof préféré… (^_-)-☆
    Merci, Cédric, pour cette histoire évocatrice des scènes!

    Que tes rêves les plus chers et les secrets continuent à 
    se réaliser, ici au japon!

  5. Merci à  vous! 😀
    Ca m’a fait plaisir d’écrire cette histoire en fait. Ca faisait longtemps que je voulais le faire je pense.

    >Tonton Gilles
    Oui, sans doute, ça doit se ressentir dans mes photos de Shibuya 😉

    >Christelle
    Ouaaaiiis ma soeur jumelle du Japon! Merci pour ton bisou vendredi et merci pour ce message! 😀

    >Guinness
    Pas du tout! Je connais plus le pays et donc ses défauts mais quel pays n’en a pas? C’est les joies qui restent… 😉

    >têtue japonaise :mrgreen:
    Merci pour ton message. Oui, l’année dernière, c’était les 5 ans! J’ai donc fait ça au boulot et avec Christelle, on a fait une soirée d’enfer!

    >MoMo
    Merci mon ami. C’est exactement le but de mon message! 😉

  6. Je ne sais pas quoi dire, ni écrire. Simplement, j’ai été touché d’apprendre ton histoire et ce moment où l’on re-commence quelque chose. Très beau récit.
    Joyeux anniversaire de vie japonaise (et de photo).
    Ludo

  7. Je peux comprendre ce que tu ressens(mais,petit peu?)^^
    Depuis 6ans,c’est super! Bon anniv pour ta vie!!
    Je peux pas dire tres bien. Umm… c’est a cause de mon francais(*_*)

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