Takarazuka, c’est extra!

Takarazuka - Tokyo

Bon, comme c’est la deuxième fois que je m’y rends (la deuxième?!), je finis par en parler. Le Takarazuka! C’est comme un spectacle à la Broadway à la sauce japonaise. C’est franchement too much et pourtant, j’adore! C’est du kitsch à l’état pur. Du kitsch 2000% livré de manière brute, sans chichi, sauvage.

Pendant longtemps, les affiches dans les stations de métro m’ont interpelé. Que pouvait donner un spectacle avec des femmes déguisées en homme, toutes semblables, maquillées avec un fond de teint rose, beige ou blanc pur (comme si un personnage de manga prenait vie) et dans une mise en scène digne d’un Autant on emporte le vent moderne? Tout d’abord, j’ai eu souvent du mal à prononcer ce mot aux syllabes répétitives et je m’étonnais qu’il puisse y avoir autant de représentations à en croire le nombre d’affiches différentes. Et puis un jour, dans mes délires verbaux au milieu d’une troupe d’amis, dans un restaurant, j’ai lancé un J’adorerais aller voir ça! Ikuko m’a pris au mot et m’a proposé d’y aller avec d’autres personnes aussi intéressées par ce pilier de la culture japonaise. Cette première rencontre date du 18 décembre 2007, elle portait les doux noms de Adieu Marseille et Love symphony.

Assis sur mon siège, il me fut particulièrement difficile de ne pas crier, rire, danser, m’esclaffer, lancer des « Naaaaaaannnnnn!!! » ou des « Troooooooop fort!!! » car il est de rigueur d’observer un silence fanatique que les adorateurs ne supporteraient pas de voir rompre. Plus d’une fois, je me suis pris des coups de coude pour me signaler qu’il fallait me calmer.

En ce mardi 17 février 2009, après la France, nous étions en Corée avec l’adaptation d’un feuilleton télévisé: The Legend.

Takarazuka - Tokyo - Superior team

Takarazuka - Tokyo - Flower team

Takarazuka - Tokyo - Moon team

Takarazuka - Tokyo - Snow team

Takarazuka - Tokyo - Star team

Takarazuka - Tokyo - Cosmos team

Estomaquer par l’existence d’un tel spectacle, je me posais toute sorte de questions ainsi qu’ à mon entourage. Peu ou pas de réponses, couplé d’une gêne d’en parler…

  • Comment en sont-ils arrivés-là?
  • Pourquoi créer un tel spectacle?
  • Qu’est-ce qui peut plaire aux japonais pour que le succès soit tel?
  • Pourquoi cette imitation kitschissime de l’occident?
  • Pourquoi seulement des femmes, non mariées et vertueuse? (Non, non, je ne vous parle pas du XVIIe ou du XVIIIe avec La Princesse de Clèves ou Manon Lescaut mais bien de la volonté du fondateur…)
  • Pourquoi cette recherche d’androgénéité ou parfois d’asexualité?
  • Pourquoi un maquillage qui homogénéise chaque actrice?
  • L’érotisme et l’homosexualité latente sont-elles recherchées?
  • Pourquoi le chant?
  • Pourquoi après que l’histoire se termine, du French cancan ou une imitation pure Broadway arrivent d’un seul coup?
  • Pourquoi une telle déification des stars du Takarazuka?
  • Pourquoi cette ambiance de prière dans la salle?
  • Y a-t-il des spectateurs qui marchent? qui se laissent émouvoir? qui pleurent?
  • Pourquoi des centaines de fans toutes habillées de la même manière se réunissent par équipes devant l’entrée du théâtre en attendant les actrices principales?
  • Pourquoi pourquoi pourquoi?!…

Takarazuka - Tokyo
Takarazuka - Tokyo
Takarazuka - Tokyo
Quelle différence entre une Belle au bois dormant à la sauce Disney et le Takarazuka? Aucune!

C’est pas un dessin animé me direz-vous? Regardez le maquillage!
C’est pas beau et c’est faux! Mais non! car on se surprend à attendre le prochain costume du rôle principal qui en change dans une gradation délirante, pour finir dans la démesure et les plumes. (voir les vidéos ci-dessous). Et ça déborde d’amour (romance comme on dit de l’autre côté de la Manche) simple, heureux.
C’est manichéen! Ben oui mais ce genre d’histoires, ça fait 5000 ans qu’on en raconte… comme quoi, les gens en redemandent!

Deux vidéos pour vous divertir et vous donner une idée.
La première du spectacle que j’ai vu cette semaine:

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La deuxième de l’autre performance qui a lieu aussi en ce moment:

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Alors forcément, quand on connaît un peu, s’il y avait un manga qui devait être adapté au Takarazuka, il s’agissait bien de La Rose de Versailles.

La Rose de Versailles - Riyoko Ikeda

La Rose de Versaillles - Takarazuka - 2006

En 1973, Riyoko Ikeda (une femme) publie, sous forme de feuilleton dans le magazine Margaret, les aventures d’Oscar au temps de Marie-Antoinette. L’auteur de ce best seller vendu à 12 millions d’exemplaires rien qu’au Japon se serait-elle inspirée du Takarazuka? Celui-ci aurait-il évolué après l’adaptation sur scène? Dans ce manga aussi, le rôle principal est une femme qui se fait passer pour un homme, le caractère androgène des personnages principaux et l’homosexualité sous-jacente sont troublants, les visages qui se ressemblent rappellent sans équivoque le music-hall créé par Ichizo Kobayashi (un homme) en 1913. La fusion des deux trouva son paroxysme entre 1974 et 1976 où 4 troupes sur 5 (6 depuis 1998 – voir plus haut) jouèrent l’adaptation avec une audience totale d’1,6 millions de spectateurs! Il est de coutume que les troupes se relaient avec un spectacle par an joué à Osaka – la terre-mère – et à Tokyo sauf quand il leur arrive de jouer à l’étranger… l’impact de La Rose de Versailles est donc bel et bien prouvé.

Toutes mes questions ci-dessus n’auront pas forcément de réponse (satisfaisante ou pas) et c’est mieux ainsi. Dans mon étonnement d’occidental face à un duplicata japonisé de l’ouest, force est de constater que décidément, ce peuple ne voit pas les choses comme nous, n’est pas sensible aux mêmes choses que nous. Et c’est bien cela qui rend les rencontres – culturelles ou humaines – passionnantes.

Takarazuka - Tokyo - Historique

Site officiel du Takarazuka (Je vous envoie vers la version japonaise car la version anglaise est aussi ennuyeuse qu’un verre vide)
Billet sur le sujet (en anglais)
TakaWiki (en anglais) Vraiment absolument totalement tout sur le sujet…

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8 comments

  1. N’est-ce pas, du point de vue uniquement féminin, une sorte de revanche sur les théâtres traditionnels No ou Kabuki dont les rôles ont toujours été réservés aux hommes? On pourrait quand même l’imaginer.

  2. Bien sûr… qui plus est, son côté populaire et à la narration simple le distingue bien des deux autres.
    Mais avoue que c’est bien kitsch quand même non? 😀

  3. Incroyable! encore un truc que tu me fais découvrir, merci de nous montrer tout cela

  4. C’est formidable! Un excellent travail sur le Takarazuka! Une revue de music-hall qui fait rêver les japonais et qui me fait toujours rire..
    J’aime bien observer « ヅカファン » et les Takaraziennes!
    Elles sont vraiment mystérieuses…(+_+)
    Des groupes bien-organisées,hiérarchiques,stoiques.. mais passionnantes….Il faut que je découvre les secrets de Takarazuka!!
    …et…ça serait quand, la troisième visite? (^^♪

  5. je me suis bien marrée à regarder extraits de pièces de théâtre et autres comédies musicales ça change de Laurent TERZIEFF que je viens de voir à Paris… Comme quoi il faut de tout pour faire un monde !

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