Kyushu – Kagoshima – 7 août

Après Takachiho, l’autre grande motivation pour ma venue à Kyushu est de voir un volcan en activité. Je rêve de retourner sur l’île d’Hawaii pour voir la lave de près… en attendant je suis à Kyushu et Sakurajima nous attend!

– Acte I –
Nous sortons de la chambre à 10h – dernier délais – et rendons les clés à l’homme qui était déjà là hier soir, même tard, lorsque nous sommes rentrés après notre promenade digestive et notre séance de photo. Le même sourire. Trop fort. Il me tend la clé de la voiture et nous souhaite une bonne journée en nous remerciant. Adorable. Quelques minutes de voiture et nous embarquons sur le ferry – avec la voiture! – pour l’île – qui n’en ai plus une depuis l’éruption de 1914. Une petite traversée pour une visite d’un volcan, inutile de dire que l’excitation est à son comble. Sur le pont supérieur, à l’avant – mais sans faire un remake de Titanic -, nous observons la montagne s’approcher. Des nuages lèchent le sommet mais le temps est magnifique. Sur le flan, par endroits, il y a comme une fumée jaune. Nous nous demandons ce qu’elle peut bien être: de la vapeur?, des fumerolles?… l’excitation monte d’un cran – au milieu de la baie – lorsque nous parvient aux narines l’odeur caractéristique du sulfure d’hydrogène. Nous y sommes!
– Acte II –
En débarquant, on se retrouve aussitôt sur lava road (溶岩道路). Une autre planète. La Lune avec de la végétation. Des roches typiques sont éparpillées deci-delà, des lahars, du basalte. On les imagine avoir été projetés ou bien être les traces d’une ancienne coulée suite à une éruption importante. Les quelques arbres qui ont osé poussé ne sont pas très haut et témoignent de l’activité relativement récente de Sakurajima. Par moment, de ce côté ouest de l’île, le sommet se découpe sur les nuages. Il est dantesque. Je rêve de le grimper pour aller voir de plus près ce qu’il s’y passe. Ce n’est malheureusement pas possible. En cela, Aso – autre volcan actif mais moins dangereux – est plus approchable. Nous décidons de monter à l’observatoire, le point le plus haut qui se visite à 373 mètres… le volcan culmine à 1117 mètres! 湯之平展望所 (yunohiraten bousho) donne un panorama sur la ville et nous place exactement en face du dernier lahar, la dernière coulée qui forme un lit très net sur la montagne. Le sommet dantesque aperçu plus tôt est encore plus découpé, encore plus effrayant. Lors de notre ascension, il nous faut parfois fermer les fenêtres – tête de mule de Français, je souhaite profiter du grand air (il fait très chaud) plutôt que de m’enfermer avec la climatisation – car la poussière est telle qu’il devient difficile de respirer. Les fumées que nous apercevions du ferry deviennent claires: la cendre recouvre l’île toute entière et les véhicules ou le vent génèrent des tourbillons jaunâtres impressionnants. La rampe d’accès à l’observatoire montre très bien l’état dans lequel nous serons à la fin de la journée. À l’origine peinte en noire, elle est couverte de cendre marbrée par la pluie. Il ne manquerait plus qu’une chaleur souterraine pour compléter ce tableau infernal.
Le volcan de Sakurajima
– Acte III –
Le panorama sur la ville ne révèle pas grand chose. J’ai un peu pris l’atmosphère de la ville en sortant de l’hôtel ce matin et la vue de l’observatoire ne fait que confirmer: il n’y a rien ici.
Nous décidons de faire le tour de l’île avec la route qui fait la circonférence le long de la côte. Elle fait 36 kilomètres et se parcourt en plus ou moins une heure. J’ai bien envie d’avoir différents points de vue de la bête ainsi que de visiter un ou deux lieux touristiques. L’itinéraire est charmant et nous donne l’impression d’être complètement en vacances, comme lors de notre deuxième jour à Fukuoka. Y a pas à dire, la mer à un certain effet sur le cerveau. Qui plus est, l’eau est bien plus belle que dans le nord et donne la très sérieuse envie de se baigner. Nous sommes entourés d’un bleu-vert profond qui lui aussi a un impact sur les neurones. Par manque de temps et de maillot de bain (je l’ai oublié! 🙄 ), nous ne nous baignerons pas et le regretterons… c’est comme cela! Par moment, les arbres forment des arches au-dessus du chemin et donne un côté tropical au paysage, ce qui complète l’ambiance vacances. Sur la côte est, le paysage redevient typique et se dégage. Il n’y a plus de relief, ici aussi certainement dû à une ancienne coulée. Le cratère se montre alors dans toute sa splendeur et crache une fumée épaisse d’un blanc immaculé. Je suis baba! C’est la première fois de ma vie que je vois cela. Bien que trop loin à mon goût, j’apprécie la puissance et la force du lieu. Voilà le volcan et il fulmine! Trop fort! Du côté ouest, on peut voir deux sommets Kitadake (1.117m) et Nakadake (1.080m) qui ne sont plus actifs. Du côté est, on peut voir Minamidake (1.040m), le pic éruptif depuis plus de 4.800 ans. Un taxi est arrêté à ce point de vue. Deux jeunes touristes sont à l’extérieur et suivent les explications du chauffeur. Le tour de l’île est donc possible avec un taxi, explications à la clé. Ils doivent attendre les promeneurs à la sortie du ferry. Avec un local, la balade peut être sympa si on tombe sur un « guide » compétent. Gentiment, l’homme nous propose de nous prendre en photo avec le cratère fulminant en arrière plan. Et paf, encore une personne adorable! À quelques centaines de mètres de là, se trouve un lieu intéressant: le (?) torii (porte shinto) enseveli ou 黒神埋没鳥居 (kurokami maibotsu torii). Suite à la très importante éruption de 1914, cette porte fut saisi dans la coulée de lave et est restée ainsi. En voyant cette porte – on passe normalement dessous -, on comprend les changements de terrain que peut subir l’île depuis des milliers d’années. Seul un mètre sur les trois est visible… Le taxi avec ses deux visiteuses nous suit de peu. Le tour continue. Sur la côte sud, un dernier lieu de visite m’intéresse car il possède un autre observatoire: 有村溶岩展望所 (arimura-youganten-bousho) À mon étonnement, il y a pas mal de voitures. Enfin quelque chose comme un petite dizaine… c’est la première fois depuis que nous avons posé le pied sur l’île que nous en voyons autant. Même un bus arrive. Wow! Faisant trop chaud pour Noriko, je décide de monter seul à l’observatoire – à 100 mètres avec quelques marches à grimper, je m’arrête brusquement en regardant le cratère sud. Il en sort une fumée opaque beige. Une éruption! Yeah! Je me précipite pour montrer cela à Noriko qui est restée dans la voiture. Choc! Elles sont en fait fréquentes. Il n’y a pas d’explosion et de jaillissement de lave mais il s’agit bien d’une éruption comme le rapporte le Volcanic ash advisor center de Japan meteorological agency. Je saute partout. Sakurajima me fait même l’honneur d’une éruption. Trog fort! 😀
– Acte IV –
Nous retournons vers le terminal du ferry pour retourner dans le centre de Kagoshima. Les 15 minutes de battement entre deux ferries sont une escroquerie! Nous arrivons sans doute au moment où un vient de quitter le quai mais tout de même. Nous attendons quasiment 30 minutes, à cuire sous le soleil plombant de 13 heures. Heureusement que la voiture est beige… 🙄 Je trépigne derrière mon volant. L’attente est trop longue. La queue de véhicules – avec des camions assez gros – s’allongent rapidement. On passe aussi par un péage à l’arrivée et au départ de l’île. Une plaisanterie qui coûte 1.370 yens (10€) à chaque passage… vlan! Bien trop cher. C’est le quart d’heure où je râle. 😉 Une fois garé dans le ventre du bateau, on reconnaît les touristes très facilement: ils sortent tous des leurs voitures pour parcourir les pontons alors que les locaux restent à dormir dans leurs engins. Sur le pont supérieur, il n’y a que nous et l’équipage. Je vais à l’avant. Je vais à l’arrière pour saluer le volcan.
Eruption de Sakurajima
– Norikoooooooooo! Viens voir! 😯
Une énorme masse nuageuse beige nous suit. L’éruption continue. La montagne a quasiment disparu derrière ce rideau vaporeux. C’est très impressionnant et on se demande bien ce que cela peut-être, ce que cela doit donner de se retrouver dessous, ou dedans selon son point de vue…
– Acte V –
À l’avant, rien à signaler, la ville s’approche sous un ciel clément et bleu. Le temps d’atteindre le centre et de trouver un parking, il est 14h30. Nous devons nous dépêcher un peu car le restaurant où Noriko veut absolument aller ferme à 15h. Nous terminons notre voyage culinaire par des ramen, comme lors du deuxième jour. Kagoshima est aussi connue pour ses soupes de nouilles. Nous déjeunons chez 豚とろラーメン (Tontoro ramen), un lieu connu où il faut attendre le midi. Comme il est déjà tard, nous ne faisons pas la queue. Le personnel avec des t-shirts noirs très mignons – affublés d’une truffe de cochon stylisée – nous salue et nous assoie sur des tatamis, au fond de la salle. Rapidement, on nous pose deux bols noirs (plutôt rare) dans lesquels baignent des tranches de porc, des nouilles et l’accompagnement. Le plat est excellent! Décidément, Kyushu est la terre pour déguster de la viande de porc! Il fond sur la langue et la soupe est grandiose! Pas trop lourde – j’ai demandé à l’alléger… – elle est bien parfumée et savoureuse. En raison de l’heure de fermeture qui approche ainsi que ce genre de plat qui se dévore très rapidement font que nous sortons assez vite. Une (matsuri) – une fête de quartier – se prépare. Dans le petit quartier du restaurant, les rues sont décorées et les cotillons brillent sous le soleil. La fête est prévue pour le week-end. Dommage. L’endroit est plutôt sympa bien qu’il soit désert. En raison de l’heure, du moment de la journée, l’activité est à son minimum car il s’agit essentiellement de restaurants ou de bars qui semblent se mettre en branle le soir. La chaleur n’aidant pas, les piétons sont tout aussi rares. Nous allons vers la rue piétonne commerçante de la ville: Tenmonkan (天文館). Dernière spécialité locale pour notre dessert: l’ours blanc! 😯 Il faut dire que la taille de la glace ainsi que sa couleur donnent toute l’explication quand on la voit arriver à notre table. La maison mère – Mujyaki – se trouve à Kagoshima, dans la fameuse rue. Un gros ours blanc sympathique, à l’échelle, se trouve devant le magasin et on se fait prendre en photo avec. La photo est presque obligatoire. Il y a du monde! C’est tellement gros qu’un ours :mrgreen: est suffisant pour deux. Il s’agit en fait de glace pilée recouverte de lait concentré sucré et de divers fruits. Le dessert – très sympa – est à manger à deux, ce que font 95% des gens autour de nous. Cela est bon.
Tenmonkan à Kagoshima
Comme je souhaite acheter des souvenirs de Kyushu et plus particulièrement du coin, nous commençons notre tour des boutiques de la rue. Mujyaki est au sud. Nous remontons donc en traversant l’avenue Izuro (いづろ道り) avec son tramway. La partie nord de Tenmonkan est plus intéressante. La jolie boutique de Jokiya (菓々子横丁 ses produits, le magasin) m’attire et propose de nombreuses choses, parfaits pour des souvenirs. Tenmonkan en elle-même n’a aucun charme. Je m’attendais a une rue vieillotte et désuète, il n’en est rien. Après Fukuoka et Kagoshima, je me dis que la ville pour ce genre de rues est décidément Osaka. Cela permet tout de même de prendre la température de la cité. Tranquille. Je me retrouve bien chargé – aussi avec deux bouteilles de shochu… Le retour sera encore plus sportif que l’aller… comment vais-je faire dans l’avion pour m’immiscer dans le couloir, entre les sièges?… Titubant avec mes sacs, nous repartons vers la voiture, dans les petites rues avant le déjeuner qui elles ont beaucoup plus de charme. Noriko se plaint d’avoir la gorge irrité et me regarde avec une grimace.
– Tu sens?
– Quoi?!
– Tu ne sens pas? dans l’air…
– …

Quelques minutes plus tard, l’air est effectivement… bizarre… opaque. Je regarde Noriko et remarque son haut blanc moucheté de toute part.
– Mais qu’est-ce… mais c’est des cendres!
– Ah!

Je me regarde aussi. Mon polo blanc est lui aussi moucheté. L’atmosphère devient de plus en plus opaque. Une pluie de cendres! Sacré Sakurajima. L’éruption continue. Les gens se précipitent dans la rue, une serviette de poche servant de masque. Nous les imitons rapidement car cela devient effectivement irrespirable et on se dit, plutôt mauvais pour les poumons… Il pleut vraiment… des cendres! Nous devons nous abriter. Je ne peux m’empêcher de sauter partout suite à l’excitation. Je me dis cependant que vivre ici doit donc être éprouvant… Noriko se souvient qu’il existe des bulletins de prévisions pour les précipitations… de cendres! Nous autres ne lisons que ce qui concerne la pluie – éventuellement la neige – ici, avec Sakurajima, très actif et très menaçant, on doit s’y intéresser davantage. En dactylographiant ce journal, je trouverai effectivement les liens du VAAC, mentionnés plus haut dans ce billet. Les cheveux, la peau, les vêtements… tout est recouvert. On se sent très très sale rapidement. L’envie de prendre un bain nous gagne et décidons de nous réfugier dans la voiture, commencer la route vers l’aéroport (qui est très loin!) en espérant tomber sur un onsen. Ce ne sera malheureusement pas le cas… Je prends donc l’avion surchargé, des paquets sur tout le corps et recouvert de cendres… on doit me prendre pour un réfugié… m’en fous! Il reste que la ville entière se fait enduire de cendre, ce qui doit arriver plusieurs fois par semaine… c’est très impressionnant et au quotidien, certainement difficile. Le séjour est clos de manière théâtrale avec cette éruption.

Vers 18h30, nous rendons la voiture à l’aéroport et nous décollons à 19h40. Nous tournons dans le ciel de Tokyo avant de nous poser (encombrements?) mais arrivons sans problème. Dans la capitale, nous nous sentons en décalage par rapport à l’environnement où nous avons passé une petite semaine. Ca s’appelle un retour de vacances et c’est toujours un peu déprimant… Cependant, ce séjour à Kyushu aura été frais et exotique. J’ai adoré l’ambiance, la richesse naturelle et sa diversité et surtout la gentillesse de ses habitants. Un endroit où je retournerai sans aucun doute car il reste encore des endroits à visiter. Cependant, lorsque je regarde la carte de l’île, adorablement dessinée par la femme de Seiji – cet ami originaire de Kyushu -, je me dis que nous avons vu et goûter pas mal de choses, que nous avons bien pris l’atmosphère de l’endroit.

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Il y a un panorama.

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5 comments

  1. Très mignon le T shirt. Quel dommage qu’il faille commander 8 menus pour en avoir un en souvenir. Tontoro, un clin d’oeil à totoro? ^o^

    De très belles photos.

  2. Pingback: Portrait de Tokyo en janvier 2014 | Color Lounge

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