Encore une nuit insupportable ! Je suis resté couché pendant douze heures (de 19 h à 7 h) et j’ai dû dormir cinq heures grand maximum… Bon, laissons ces considérations insignifiantes d’insomniaque…
La grand-mère (la patronne) était déjà debout. D’entrée, elle me fait du thé. Adorable. Elle me sort un globe pour me demander d’où je viens. Elle va chercher ses lunettes pour lire. Elle a une pêche et un sourire d’enfer ! J’en suis jaloux ! À soixante-cinq ou soixante-dix ans, elle est plus en forme que moi… Elle me fait un riz cantonais dont j’ai bien besoin pour reprendre des forces.
Le temps est malheureusement merdique. Beaucoup de nuages et une pluie pas forte mais deçà-delà. Pas de montagne pour moi donc avec ce temps. Avec la pluie d’hier, les gorges du saut du Tigre sont définitivement annulées. Le couple de Japonais avec lequel j’ai bien sympathisé part quand même en montagne. Au milieu des nuages, franchement, ça me paraît moyen.
Après la douche, je décide de partir à la découverte de cette ville. Le problème, c’est comme Venise : un dédale de petites rues dans tous les sens. J’achète un plan style ancien pour me rassurer et m’orienter. La comparaison avec Venise tient bien la route : les rues les plus fréquentées par les touristes sont constellées de part et d’autre de petits magasins de souvenirs. Il y en a des milliers. Les rues sont noircies de hordes de touristes (quatre-vingts pour cent sont des Chinois). Ces endroits n’ont strictement aucun intérêt. Afin de prendre mes repères, je continue néanmoins jusqu’à la place centrale, ancienne place du marché d’où partaient les caravanes pour le Tibet (voitures à cheval). Je croise cependant plein de gueules fascinantes et des gens en costume traditionnel : des Naxi [nashi]. Ceux de la place sont là pour les touristes mais j’en croise des « vrais ». Une fois mes repères pris, je file dans les petites rues. C’est délirant ! Comme à chaque fois, il suffit de tourner à droite ou à gauche pour se retrouver parmi les locaux et plus un seul touriste ! Plus un !
Cette ville est démente ! Je n’arrête pas de me répéter mais à chaque fois c’est vrai. Encore plus comme un film que Dali. Des petites rues étroites, des canaux avec de petits ponts adorables et des maisons Naxi basses impressionnantes. J’ai vraiment envie de rester ici pour tout découvrir.
Dans l’après-midi, je pars dans une zone a-touristique. Je tombe sur un marché traditionnel où je trouve tout : du cuivre, de l’aluminium, des fruits, des légumes, du bœuf, des poulets abattus vivants, vidés dans tous les sens en direct. Un homme fait un tas d’intestins, un autre de déchets, un autre éplume… L’odeur, le sang partout rendent l’endroit impressionnant ! Plus loin, je vois des cochons, des chiens… pas de doute, tout est là pour être bouffé. Pourtant, l’endroit est d’une authenticité rafraîchissante. Je reste un moment à prendre des photos discrètement.
Je retourne vers l’hôtel et aperçois une autre guesthouse en me perdant. Je me renseigne. C’est libre et pas cher (douche dans la cour aussi) mais ça a l’air ultra calme. Je décide de changer puisque je n’ai pas eu la chambre que je voulais dans l’autre et que c’est trop bruyant. En arrivant donc à celle de la nuit d’avant, je tombe sur un couple franco-suisse. Nous sympathisons tout de suite. Encore des routards qui sont en vacances pour un an ! Ils commencent par la Chine et ils sont arrivés depuis deux semaines. En gros, ils vont faire une grande partie de l’Asie du Sud…
Nous décidons d’aller dîner ensemble et discutons de tout. Le restaurant où nous nous trouvons devient l’auditoire d’un combat étonnant. La rue où se trouve le restaurant est séparée par un canal. Il y a des restaurants rive droite et rive gauche. Un groupe de notre restaurant et un autre du restaurant en face se forment et font un concours d’enthousiasme chansonnière. Les chansons sont toujours très simples mais chaque groupe marque des points par rapport au volume sonore produit par le groupe emmené par le leader. Ça fait un bruit énorme mais l’ambiance bon enfant est grandiose. Et ça dure longtemps.
Je rentre ensuite vers ma nouvelle pension et ce que je pensais se confirme : je suis seul ! L’homme de la maison m’attend devant la TV pour tout éteindre et fermer derrière moi. Le couple est très gentil. Je décide de rester les deux nuits suivantes.
Voici donc mes premières impressions, mes premiers aperçus de cette ville étonnante. Très très belle et en même temps complètement bouffée par le tourisme, que c’est à en pleurer.
Les rues et leurs acteurs :






Et donc les canaux dans lesquels ils font tout !

Du haut de la pagode où je suis monté, on avait ce panorama de la vieille ville :


Les portraits du jour (pas une journée sans portrait en Chine !)





Et enfin, un aperçu de ce marché qui m’a beaucoup marqué…



L’abattoir :

Et un tueur professionnel !





