Souvenirs d’Egypte – 7/13

Jour 8 – le 30 décembre

Je pensais avoir atteint des sommets dans la magnificence la veille. Je me trompais… ô combien je me trompais. Je n’avais pas encore visité la vallée des rois, summum coloré et démesuré de la civilisation égyptienne !

Encore un réveil bien matutinal à 6h30 pour voir ce que je veux voir en prenant mon temps et un départ à 7h30 avec le chauffeur. Le second petit déjeuner dans le jardin se fait en compagnie de la famille qui est arrivée la veille. Un famille française typique. Heureusement que nous ne sommes pas en France sinon je me serais cru dans une publicité pour la chicorée… Ils sont bien gentils mais leur côté bonne famille nombreuse bourgeoise de Neuilly-sur-Seine ou de Levallois ne m’intéresse pas plus que cela. Je discute poliment néanmoins afin de ne pas être l’asocial de service.

Comme la veille aussi, nous récupérons Hussein qui nous attend en bas de chez lui puis nous filons vers le côté est des sites archéologiques de Louxor à environ 40 minutes de voiture. Nous commençons par la vallée des rois où je pénètre sans savoir ce qui m’attend. Rien que le site est pharaonique avec les flancs de la montagne qui composent un labyrinthe naturel. Lorsque nous sommes au parking, Hussein m’indique une pyramide en haut de la montagne. Naïvement, je demande qui l’a construite à cet endroit et mon guide secoue la tête. Elle est entièrement naturelle. Je la scrute comme je peux en raison de la distance. Je regarde mon guide pour voir s’il me fait marcher. « Elle est naturelle » insiste-t-il. Je n’y crois toujours pas tellement elle semble parfaite vue d’en bas, tellement sa pointe et sa façade sud sont troublants. Les prêtres ont choisi cet endroit précisément pour cette pyramide naturelle qui représentait un signe divin à leurs yeux, la signalisation pour l’emplacement d’un des plus grands chantiers et trésor de l’histoire de l’humanité. Entre les falaises et cette pointe trop bien faite, il y a de quoi, déjà à l’époque, y voir l’emplacement parfait pour y enterrer les descendants des dieux.

Francis Frith - 1857

Francis Frith – 1857


De l’entrée, on achète les billets pour les tombes qu’on souhaite visiter. Dans mon guide du Routard, j’ai surligné celles qui m’intéressent et il y en a trop. D’abord parce que cela prend du temps et surtout parce que beaucoup sont fermées et les jours d’ouverture tourne en fonction du calendrier. Je ne peux donc voir celles de Touthmôsis III et de Sethi 1er… enfin en insistant un peu, je peux voir celle de Sethi 1er à condition de débourser 27.000LE… évidemment, à moi tout seul, ça fait beaucoup ! Il paraît que des groupes de Japonais (ben voyons) ou de Chinois le font… c’est sûr qu’à 50, c’est déjà plus abordable… Je me contente, un peu frustré, du billet pour trois tombes de mon choix plus celle de Ramsès VI qui s’achète séparément.
Les photographies sont interdites au moment où on monte dans le petit train qui nous emmène au pied du site. Sauf qu’on ne fouille pas… du moins pas encore… pour la première, je n’ai que mon iPhone sur moi et avec le manque de lumière, les photographies ne rendent pas très bien… et il fait un barouf infernal ! Avant de pénétrer dans la seconde tombe, je feins d’avoir oublié quelque chose dans mon sac qui est à la consigne à l’arrivée du petit train et j’arrive à sortir mon RX-100II tout en discutant avec le garde pour me donner de la contenance. Il m’est impossible de résister à l’envie d’immortaliser les tombes, surtout avec ce que je viens de voir, rien qu’à la première. J’ai beau connaître la punition : retrait du passeport plus une amende, je VEUX faire des photographies ! Je ne dis d’ailleurs rien à Hussein qui n’aurait pas approuvé.

Ne sachant donc plus très bien quoi visiter avec le billet des trois entrées, je m’en remets à mon guide qui me conseille la tombe de Taousert et Sethnakht, celle de Merenptah et celle de Ramsès IV.
Dans la grande salle où on achète les billets, avant de prendre le train, il y a une maquette transparente de la vallée avec les tombeaux creusés dans la montagne. Quand on la regarde par-dessous, on comprend l’ampleur des travaux et on est fascinés par ce travail de fourmis qui creusent leurs galeries un peu partout. Le plus incroyable est de savoir que le pharaon précédent, le grand prêtre et les artisans ne savaient pas où se trouvait la tombe du précédent… À deux reprises, les galeries se sont frôlées… Alors quand Hussein m’explique qu’on en a retrouvé que 64, qu’on en est même pas à la moitié, je manque de m’évanouir… Afin de ne pas divulguer les emplacements, les artisans étaient « prisonniers » de la vallée et ne pouvaient se rendre à Louxor ou ailleurs. Les trésors que contenaient les tombes n’étaient un secret pour personne et on voulait éviter les pillards. On sait bien qu’ils ont réussi à agir plus tard. Ce qui a sauvé le trésor de Toutankhamon est que les pillards n’avaient pas compris qu’il se trouvait derrière le mur de protection, la salle qui contenait le sarcophage. Pour les autres, tout a été dilapidé au fil des années… La tombe de Toutankhamon qui a d’ailleurs été trouvée grâce à l’âne de Howard Carter qui a piétiné sur l’entrée et qui sonnait creux… Sans doute l’âne le plus fameux du monde…

Nous retrouvons des guides croisés la veille à Karnak, amis de Hussein. Voyant que j’avais tendance à traîner, ils lui demandent combien de temps nous y sommes restés et tous m’applaudissent en riant devant la performance : 5 heures ! Pour la vallée des rois, avec quatre tombes… forcément, j’y suis resté 4 heures !
Je commence donc par la tombe de Tausert et Sethnakht (KV14) et ma mâchoire tombe à terre. Littéralement. Toutes les couleurs des fresques que j’ai pu voir dans les différents temples sont désormais ternes ou passées en raison du soleil… Là, c’est un festival de couleurs… des chefs d’œuvres de styles et de représentations en tout genre. Je descends sur 113 mètres jusqu’à la salle funéraire. Vers le milieu, une salle à huit piliers me fait trembler des jambes avec son grand aigle, le fleuve du pharaon et j’en oublie… le sarcophage à la fin… Je reviens à la lumière du soleil et m’assoie à côté de Hussein, complètement éberlué… je me remets doucement de mes émotions. Gentiment, il me dit que je n’en suis qu’au début et que c’est un feu d’artifice avec un final inoubliable qui m’attend… Je vais sans doute tomber dans les pommes alors !

La tombe de Taousert et Sethnakht - Mapping project

La tombe de Taousert et Sethnakht – Mapping project

La tombe de Merenptah (KV8) fait elle 135 mètres de long… Plus simple dans le style, elle est presque plus jolie par son « minimalisme ». Les murs clairs, souvent blancs, donnent une superbe ambiance, bien moins impressionnante que la précédente. La tombe de Ramsès IV (KV2) est plus courte mais ses décorations sont sublimes. Les murs et les plafonds se font concurrence dans leur splendeur. Je découvre le premier plafond avec le cycle du jour et de la nuit, celui de la vie aussi avec la déesse qui ingurgite ou expulse les étoiles ou le soleil et entre les deux, ses enfants du jour et de la nuit marchent. Saisissant ! Au moment de pénétrer dans la tombe de Ramsès VI (KV9), je crois avoir tout vu… je n’ai rien vu ! Le grand avantage, comme elle n’est pas incluse dans le billet de trois entrées, qu’il faut un supplément, il n’y a presque personne… 4 touristes et le gardien… sur 117 mètres de long, c’est le bonheur. Il paraît que c’est l’une des plus belles et je veux bien le croire… les mots me manquent même encore aujourd’hui pour la décrire. Elle est assez large, ses couleurs sont très bien conservées et on y ressent le poids de la montagne ce qui en fait un véritable sanctuaire. Je suis saisi plus d’une fois et je m’arrête pendant de longues minutes à plusieurs reprises pour admirer et m’imprégner du mieux que je peux de l’endroit. Dans la salle funéraire, lorsqu’il n’y a plus de touristes et que le gardien a enfin compris que je souhaite être seul et ne pas avoir des commentaires à la con comme « C’est beau hein ? » ou encore le bruit du plancher qui craque sous ses pas, je me plonge dans le silence absolu du lieu. Je n’entends que mes acouphènes et le battement du sang dans mes tempes. Instant recueillement total et absolu. C’est magique. À en pleurer !

Hussein me voit sortir en titubant… assommé par toutes les merveilles que je viens de voir. Il rit. Tout le monde est déjà parti sauf nous. C’est donc officiel, je suis le touriste le plus lent du monde.
J’essaie de me remettre doucement de mes émotions quand Hussein me propose de passer dans un magasin des descendants des artisans. Un vrai magasin ! Je me rends compte que je suis déjà dans la voiture, que j’ai déjà pris le petit train, que j’ai déjà récupéré mes affaires mais mes rétines ayant imprimé tellement de choses, j’ai perdu la notion du temps pendant plusieurs minutes… L’Égypte est un pays qui ne possède pas d’adjectif à même de la décrire… c’est juste trop !
Cédric Riveau
Dans le magasin, je tourne devant le nombre d’objets banals qui sont présentés. Certes, ce sont de vraies pièces et fabriquées à la main notamment par les deux artisans qui sont à l’extérieur et qui me donnent des morceaux d’albâtre brut mais ce ne sont pas les antiquités que je suis venu trouver. Je peux acheter quelques souvenirs. Je finis tout de même par repérer une vitrine qui me semble plus intéressante et la scrute. Une tête de femme attire mon regard et le papy-vendeur comprend qu’il n’a pas affaire à un « simple » touriste. Du coup, il ouvre le coffre fort qui se trouve derrière la caisse et sors une tête emballée soigneusement dans du papier journal qui se trouve dans une boîte. « Ah ben voilà ! » m’écrié-je. J’essaie de négocier un prix déjà très bas. Cela ne fonctionne pas mais j’aurai essayé. Il faut dire que comme je suis venu avec Hussein qu’il connaît bien et que je suis le seul touriste du jour, il est content de me voir. La tête de Senusret II (ou Sésostris II) et de cette femme de noble plus tous les autres souvenirs qu’il me donne me reviennent à 1800LE. La première a environ 100 ans et la seconde 70. Pas mal. Le responsable, assez jeune parle bien français et il est très sympathique. Il nous rejoint un peu plus tard pour venir nous offrir le thé.

Nous continuons vers le temple de Hatchepsout, aussi appelé Deir el-Bahari en arabe. Posé à même les falaises du même style que dans la vallée des rois, les trois pharaons qui ont souhaité y construire des temples ne se sont pas trompé : c’est très impressionnant. Hatchepsout y fait construire le sien à côté de celui de Mentouhotep, dans l’alignement de Karnak et du temple d’Amon dans le centre de Louxor… eu égard à la distance qui sépare les trois, on se dit que les architectes égyptiens étaient décidément très forts.
On aperçoit le temple de loin et le panorama est saisissant. Même au pied du temple, il faut encore une certaine distance avant de parvenir aux sanctuaires entre la montée des marches, les portiques et la première terrasse très vaste. Les deux salles sur les côtés du premier niveau regorgent de décorations et d’histoire entre celle de Pount et celle de de la naissance ou encore au niveau au-dessus avec la chapelle de Hathor et celle d’Anubis. Toute à la gloire de la seule femme pharaon pour justifier sa descendance, sa place en tant que reine et ses relations commerciales avec l’actuelle Somalie (Pount) montrées par cette fresque incroyable des produits qui ont été échangés entre les deux pays.
Avec sa façon de parler d’elle, Hussein rend Hatchepsout attachante. La reine qui se fit passer pour un homme a dû se battre et en écraser plus d’un pour arriver à s’imposer dans ce monde patriarcal de l’Antiquité égyptienne. Son neveu Thoutmosis III a bien essayé d’effacer sa trace mais il a piteusement échoué, ses tentatives ne rendant que le passage de sa tante encore plus marquant. Celle que j’appelle « la copine de Hussein » finit donc par me séduire, plus que les Ramsès II, les Toutankhamon ou les Akhenaton qui n’ont que leur testostérone pour expliquer leur mégalomanie complexée.
Cédric Riveau
Nous finissons les visites du jour avec le Ramesseum, le temple funéraire de Ramsès II. La lumière couchante, rasante de la fin de journée est magique et les rayons orange qui glissent entre les colonnes et se posent sur les colosses du pharaon donnent une ambiance particulière qui me comble de joie après une telle journée. Comme lors de la visite de Memphis, la taille des statues de Ramsès II est extraordinaire. Sur la photographie qui montre une tête, même avec mon mètre quatre-vingts, je suis plus petit… et il s’agit de Ramsès bébé ! Ce n’est plus une statue mais un colosse ! Je profite de l’endroit sans personne. Je suis tout seul dans mon bonheur et ce lieu mythique. Même de taille plus modeste, je retrouve une salle hypostyle comme j’adore… les appareils-photographiques chauffent.

Je rentre à la maison avant de ressortir pour assister à une discussion très tendue entre Mohamed (responsable) et la famille française. On me demande de trancher mais je reste absolument neutre, ne voulant pas laver le linge sale des autres. Elle se plaint de l’accueil et je n’ai rien à en dire, moi qui a été accueilli comme un pacha. Dans la voiture avec Mohamed par la suite, celui-ci est bien tendu mais jamais énervé. Il trouve cela injuste mais son flegme est beau à voir. Je l’écoute pour l’aider à passer à autre chose et compatis tout de même un peu puisqu’il a toujours été très gentil et serviable avec moi. L’argument de la famille, qui me semble justifié, est que l’hôte – c’est une maison d’hôtes après tout – n’est pas là et n’est pas revenu en Égypte depuis longtemps. Trop longtemps. Alors quand on a un site qui vante l’accueil des hôtes justement, cela fait un peu tache.
Il me dépose devant un bouiboui spécialisé dans le kochary mais je prends un macaro al-forno d’après ses recommandations. Cela a peu d’intérêt mais c’est très couleur locale. Je souhaite plutôt me balader et faire quelques magasins que j’ai repérés dans mon guide japonais.
Je visite donc Habiba et Fair trade center pour des souvenirs artisanaux. Les endroits regorgent de petits objets en tout genre et sont plutôt chouettes pour ramener quelque chose aux amis.
Je termine par des pâtisseries que j’achète dans le magasin où je suis allé la veille. Ils commencent à me connaître. Arrivent sur un plateau des préparations comme des loukoums fraîchement préparés. Je saute dessus et me régale en me baladant dans le souk mais j’évite les sentiers battus. Je tombe sur des magasins, des installations et des joueurs de backgammon. L’ambiance est sympathique et le mur de boîtes de chips qu’un vendeur installe tous les soirs me fait bien rire.

Cédric Riveau

le magasin Habiba

Bonnes adresses :
Opera Aida fabrique d’albâtre – souvenirs traditionnels – Gourna west bank, Louxor – mobile : O1111417545
Habiba – souvenirs artisanaux
Fair trade center

Liens intéressants :
The ban mapping project qui recense toutes les tombes découvertes avec leurs informations et leur plan. Très impressionnant.
Passion égyptienne fait le même travail mais il est intéressant pour les galeries de photographies.

Galerie
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