Portraits de Setouchi

Les 10 jours dans les îles de l’est de la mer Setouchi pour la triennale d’art contemporain ont été quelque chose !
En attendant plus de photographies sur ce voyage, voici quelques portraits pris sur les différentes îles visitées : Shodoshima, Teshima, Inujima, Naoshima, Ogijima, Megijima et Oshima.

Cédric Riveau
↑ Terminal du ferry à Ogijima

Cédric Riveau
↑ Chef et patron de l’izakaya Ajisai à Shodoshima

Cédric Riveau
↑ Quelque part à Shodoshima

Cédric Riveau
↑ Épicerie de Teshima vers le port de Karato

Cédric Riveau
↑ Un habitué du « restaurant » Oonishi à Teshima

Cédric Riveau
↑ Yoshida san du café Mizutamaya à Teshima
Momoko est le prénom. Très discrète et très posée, Momoko vous accueille dans un intérieur cosy et très artistique, entièrement arrangé par ses soins. Elle prépare elle-même sa confiture et son pain de mie – très bon – et propose des toasts pour un petit déjeuner ou un goûter « comme à la maison » servis avec du thé ou du café organique qu’elle commande sur Internet. C’est ainsi que Momoko fonctionne : en complète autonomie.
Il y a 4 ans, à 28 ans, elle a plaqué Tokyo où elle travaillait, Chiba où elle est née pour s’installer à Teshima, au milieu de la mer intérieure de Seto. Son goût pour l’art – bien qu’il ait un peu passé désormais – l’a bien évidemment amené dans cette zone connue pour l’art contemporain. Momoko travaillait comme journaliste au journal Asahi puis a décidé d’ouvrir un café et d’acheter des vélos pour les proposer à la location aux visiteurs de Teshima.
Si elle a réussi à s’habituer à la vie tranquille de l’île et de la région avec sa jolie maison avec une cour, elle n’a plus la passion de l’art contemporain qui l’avait poussée à choisir Teshima. Elle pense même à revenir à Tokyo pour changer à nouveau de vie.
Je ne saurais donc trop vous recommander d’y aller si vous êtes de passage dans le coin.

Cédric Riveau
↑ Sono san à Teshima
Il défriche un peu chaque jour des champs d’herbes folles comme celui-ci. J’ai bien évidemment remarqué sa petite voiture électrique pour personnes âgées en allant le voir mais c’est quand je l’ai vu se tourner vers moi à l’aide de ses bras que j’ai compris. Sono san n’a que deux moignons à la place des jambes, jusqu’à mi-cuisses. Chaque jour donc, il coupe une dizaine de mètre-carré sous une chaleur de plomb, le tout avec la simple volonté de bénévole : « Ben quoi, il faut que l’île reste bien entretenue pour les visiteurs ! »
Faire une photographie ne lui a posé aucun problème mais il n’a pas perdu le nord en me demandant de mettre sur le bas-côté de la route une gerbe de roseaux coupée par ses soins. Du coup, j’ai ramassé les 6 gerbes qu’il avait faites et les ai mises à côté de son scooter pour handicapé. Cela me faisait plaisir et à lui aussi. Très fier de m’expliquer ce qu’il faisait à 75 ans pour la communauté, j’étais ravi qu’il accepte que je fasse son portrait et qu’il me raconte brièvement la raison de sa présence au milieu de ce champ.

Cédric Riveau
↑ Épicerie de Teshima vers Ieura

Cédric Riveau
↑ Nishizaki san, postier à Inujima

Cédric Riveau
↑ Arimoto san, propriétaire de Arimoto shoten et star d’Inujima
Keiko Arimoto est intarissable. Née à Inujima, elle connaît toute l’histoire de l’île et de celles des alentours. Il suffit de parler d’un sujet, de poser une question pour qu’elle se lance dans une explication digne d’un historien sur les gens, les moments historiques, les lieux qui ont marqué les aventures des environs. Il faut dire que nous étions les seuls dans ce « restaurant » ancien qui prépare un bol de riz avec du poisson, un plat modeste et typique de la région et qu’elle voulait savoir comment nous le trouvions. Elle a tenu à nous montrer un dvd où elle est filmée à se balader dans Inujima pour justement raconter son histoire.
Sans aucun doute, elle est la personnalité de l’île et le revendique. Il faut dire qu’à 72 ans, elle tient une forme d’enfer et un sourire ravageur communicatif. Elle fait d’ailleurs partie des plus jeunes… D’autre part, comme il reste moins de 50 personnes, elle sert encore plus volontiers de référence. Même Kazuyo Sejima qui s’est éprise de l’île la connaît… ou c’est peut-être le contraire. Les 50 habitants travaillent presque tous pour le projet artistique qui couvre toute la région jusqu’à environ 80 ans. Les jeunes ne sont plus présents. Ils partent pour Uno, Okayama ou Takamatsu où la vie est plus simple et plus adaptable. Il faut dire que sans supermarché, je ne sais pas comment je pourrais faire. Posséder une voiture garée à Okayama pour aller faire des courses puis faire la traversée en ferry, déposer les courses, refaire la traversée avec la voiture puis à nouveau la traversée sans la voiture !
L’île n’a d’ailleurs pas toujours été ainsi. Plus de 5000 personnes y vivaient il y a trois générations grâce aux carrières de pierres. Inujima et Shodoshima possèdent une pierre de qualité à la couleur cuivrée qui a été utilisée dans les plus grands châteaux et sanctuaires japonais et même pour le port d’Osaka.
Il y eut aussi le problème de la décharge illégale à Teshima qui ternit encore son image aujourd’hui même si elle a été fermée depuis longtemps. Du coup, l’huile d’olive de la région est estampillée Shodoshima bien que la moitié des fruits vient de Teshima. Le dvd montrait aussi des images d’archives d’Inujima (et de Naoshima ?) au moment fort de son activité industrielle : une fumée noire et peu veillante sortait alors de longues cheminées de briques. Sur Inujima, plus rien aujourd’hui et l’usine de cuivre a été convertie en musée. Sur Naoshima, il reste tout de même Mitsubishi, d’ailleurs premier contact peu attrayant avec l’île quand on arrive d’Inujima.
C’est avec regret que nous l’avons quittée pour prendre notre bateau. Arimoto san nous a chaleureusement salués, nous a donné sa carte de visite et nous a demandé de revenir la voir la prochaine fois que nous serions dans la région.

Cédric Riveau
↑ Mamie de Naoshima – 82 ans
Elle se demandait comment les gens pouvaient se promener sous une telle chaleur. « Qu’est-ce qu’il fait chaud ! » a-t-elle répété plusieurs fois. Elle au moins, elle se rendait quelque part dans un but précis mais nous ? alors qu’il faisait si chaud ?
Originaire de Naoshima, elle s’est mise à raconter sa vie sans vraiment qu’on lui demande quoique ce soit. Nous étions dans une petite rue du côté du port de Miyanoura. Son fils prend le bateau tous les jours pour venir travailler chez Mitsubishi qui occupe les 30 % du nord de l’île avec son usine de métallurgie car il habite à Uno, la ville quoi ! À Naoshima, la vie est un peu trop norme pour y rester quand on a une jeune famille. Elle, elle s’occupe avec le karaoke à côté de chez elle pour y chanter tout ce qu’elle aime.
Alors que nous marchions ensemble, elle nous a demandé : « Vous êtes allés au 007 je-ne-sais-plus-quoi à côté ? » La chose improbable fut pour nous de nous retrouver dans un « musée » dédié à James Bond car le roman The Man With the Red Tattoo se déroule (en partie) à Naoshima. On n’en revenait pas de se retrouver là grâce à elle sans comprendre au début qu’il s’agissait de James Bond alors que nous nous trouvions à Naoshima…

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8 comments

  1. Ouais, des portraits qui viennent du côté de chez moi!!!

    J’espérais croiser un visage connu, mais non. Dommage.
    Même la dame d’Ogijima ne m’est pas familière.
    J’ai déjà mangé chez Mme Arimoto, mais nous ne nous connaissons pas. 🙂

    Puis je me permettre quelques corrections ?
    Les cheminées qui crachaient la fumée noire, elles étaient pas sur Teshima, mais sur Inujima (et probablement Naoshima aussi).
    La réputation de Teshima fut ternie à cause du scandale de la décharge illégale de produits industriels dans les années 80-90 qui a bien pollué l’île et les alentours. Le nettoyage devrait très bientôt être terminé, après presque 20 ans (c’est l’espèce de grosse usine à la pointe ouest de l’île).

    Quant aux olives, oui, elles viennent autant de Teshima que de Shodoshima, mais si elles sont toutes estampillées Shodoshima, c’est certes en partie parce que l’île a eu longtemps mauvaise réputation, mais aussi tout bêtement parce qu’administrativement parlant, Teshima fait partie de la ville de Tonosho.

    Finalement, You Only Live Twice n’a pas été tourné sur Naoshima (j’ai déjà vu cette info tourner sur le web, mais ce n’est pas correct). Le lien entre l’île et James Bond c’est The Man With the Red Tattoo, un livre publié en 2002 et écrit par Raymond Benson et qui met en scène James Bond sur Naoshima.

    Il me tarde de voir la suite (il y aura d’autres posts à propos de ton séjour, j’espère)

  2. Ouh la… mille mercis pour ces précisions David ! Vite vite, corrigeons. J’ai mélangé mes informations quand je les ai notées après la discussion avec Arimoto san. Toutes mes excuses.

  3. Pas de problèmes.
    Facile de se mélanger les pinceaux quand on se retrouve avec tout un tas d’informations nouvelles à la fois.

  4. Pingback: Triennale de Setouchi 2016 - Inujima | Color Lounge

  5. Pingback: Triennale de Stouchi - Takamatsu & Oshima | Color Lounge

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