Souvenirs d’Egypte 6/13

Jour 7 – le 29 décembre

Visite du site de Karnak, un des plus grands chocs archéologiques de ma vie, du même ordre que Delphes, la Muraille ou Bayon.

Le petit déjeuner est à 7h30 dans le jardin. Même si je n’ai vraiment pas assez chaud, je profite du cadre et de la tranquillité. Je suis seul, comme chez moi. Le petit déjeuner est assez banal mais passe au second plan compte tenu du décor.
Je retrouve mon chauffeur à 8h15 et nous partons chercher Hussein – mon guide – que j’ai rencontré rapidement la veille. Il nous attend au bord de la route, en bas de chez lui et nous nous rendons sur le complexe de Karnak. C’est la seule visite de la journée car j’ai l’intention de bien en profiter. Il faut dire qu’il fait 250 000m2… Soyons honnêtes, on ne peut en visiter qu’une partie qui fait 500 mètres de long sur 100 de large… L’endroit a été modifié, a subi des ajouts sur 2000 ans et de nombreux pharaons y ont fait poser leur marque : Hatchepsout, Thoutmosis III, Ramsès II, Ramsès III, Amenhotep III, Ptolémée III et j’en oublie !
Nous – enfin Hussein m’attend la plupart du temps – restons 5 heures au total. Je suis le seul touriste a en profiter ainsi, à revenir sur mes pas, à me décrocher les vertèbres cervicales devant ces centaines de colonnes. Mon amour pour ces dernières trouve son climax ce jour-là. Même aujourd’hui, quatre mois plus tard, je ne m’en suis pas encore remis. Depuis les pyramides deux jours plus tôt, le temple d’Amon la veille, ces cinq heures dans Karnak sont un enchantement gravé à jamais sur ma rétine.
Cedric Riveau
J’hallucine face à cette magie démesurée, je rêve devant la beauté architecturale bâtie devant moi. Qu’est-ce que cela devait être quand tout était debout et coloré ? Les couleurs justement que j’ai l’impression de voir pour la première fois depuis que je suis arrivé. Des couleurs millénaires et pourtant encore vives. Hussein me parle des fêtes qui avaient lieu en cet endroit et mes yeux brillent d’envie en essayant vaguement d’imaginer ce que cela pouvait donner. Il faudrait que je redemande à Cecil B. DeMille, à Howard Hawks ou à Joseph L. Mankiewicz pour voir leurs reconstitutions mais on doit être en-deçà de la vérité.
La salle hypostyle donc me met les larmes aux yeux. Les 134 colonnes de l’endroit (les 12 centrales aux chapiteaux en papyrus ouvert et les 122 autres en papyrus fermé) sont phénoménales. Cet alignement millimétré est spectaculaire et les murs tout autour sont couverts de gravures de batailles épiques comme celle de Qadesh ou de représentations du pharaon. Le soleil est de la partie et je reviens dans cette salle à plusieurs reprises pour y découvrir une lumière à chaque fois différente. 5356m2 d’émotion, 5356m2 qui pourrait contenir Notre-Dame de Paris dont le plan est justement superposé à celui de la salle à l’entrée. Cela donne nom seulement une idée de la taille mais aussi, l’emplacement des colonnes est particulièrement troublant, comme identique dans les deux édifices. Pour couronner le tout, les chapiteaux ont souvent des restes de couleurs, ce qui n’arrange pas mes cervicales…
plan de Karnak
Les deux obélisques qui se trouvent à l’intérieur sont magnifiques, surtout celui de Hatchepsout qui est pourtant plus vieux. Il vient du meilleur gisement de granit rose de l’Egypte, à Assouan et elle n’a jamais révélé son emplacement afin d’avoir un matériau particulièrement résistant qui ne subit pas l’usure du temps et ses successeurs ne peuvent se résoudre à le détruire, notamment son neveu Thoutmosis III qui haïssait sa tante pour ce qu’elle est parvenu à accomplir et principalement parce que c’était une femme… L’obélisque de ce dernier est donc moins fin, plus patiné par le temps. Je deviens fan de la seule femme pharaon dans l’histoire de l’humanité et qui a réussi à léguer un patrimoine bien plus important que celui de son neveu complexé. Hussein me communique aussi sa passion pour cette femme qui se faisait passer pour un homme afin d’accéder au pouvoir.

Ce qui succède n’est pas en reste avec la salle des fêtes aux couleurs saisissantes qui inondent mes yeux émerveillés, les trois chapelles des barques, le temple de Ramsès III ou encore la salle du jardin botanique aux murs qui recensent la faune et la flore de l’époque… Ce que je découvre dans ce complexe religieux est sans égal… Je n’arrive pas à le quitter.
Hussein me dit que la visite du musée de Louxor est compromise dans la mesure où il ferme à 14h (Hein ?! Quoi ?! 14h ?! Vous vous foutez de ma gueule?!) et qu’il est déjà 13h40. Quand nous arrivons aux caisses, histoire de voir si ce n’est pas l’heure de fermeture de celles-ci, nous nous faisons jeter par un employé. Je suis passablement agacé par un tel horaire.
Cedric Riveau
Je souhaite donc me rabattre sur des pâtisseries afin de faire passer ma déception. Hussein me conseille un endroit dans le centre ville et nous y passons avant de nous rendre dans un café local et très fréquenté : le café Al Andalib, du surnom d’un ancien chanteur très connu : Abdel Halim Hafez. Je peux y manger mes gâteaux et boire plusieurs thés à la menthe pendant que des gens en djellaba, en costume ou en tenue décontractée boivent la même chose, équipés bien évidemment d’un narguilé. Nous discutons de tout et de rien comme la vie dans le pays, le séisme du 11 mars 2011 au Japon, du nucléaire, du terrorisme. Il me parle aussi de son travail de guide touristique et ses évocations de nuits dans le désert blanc me donnent très sérieusement envie de revenir !

Je repasse à l’hôtel. Mohamed et Hussein reviennent me chercher vers 17h30. Ils ont prévu de m’emmener les voir jouer au foot avec leurs amis. Sauf qu’il manque une personne et à 18 heures, quand ils commencent à jouer, tous me demandent de les rejoindre pour participer… Je joue au foot en Egypte ! Moi ! Trop fort ! Heureusement que je fais du vélo au quotidien mais tout de même, ce n’est plus de mon âge et je tire la langue rapidement ! J’essaie bien de marquer quelques points mais avec mes pieds d’handicapé du ballon, je tire toujours à côté si bien qu’ils ne me passent plus la balle. Je demande au gardien de me remplacer au bout d’un moment car je n’en peux plus et ils jouent trop sérieusement pour moi. Il n’empêche, je passe un excellent moment et je me sens moins comme un touriste !
Cedric Riveau
Ils me déposent ensuite dans le centre et je traverse le souk pour aller chez Jamboree qui se trouve sur une petite place. Je suis absolument seul ! Le seul client de la journée ! Je n’en reviens pas. Où sont les touristes ? Le patron et le serveur ne veulent plus me laisser partir. Je suis accueilli comme un chef d’état. Sauf qu’avec mon appétit d’oiseau, je ne commande pas grand chose. En plus, ils me servent des portions pas possibles, m’offrent un plat supplémentaire pour me remercier d’être venu. Je suis très touché mais aussi très embêté de ne pouvoir tout finir… La terrasse permet d’avoir une vue sur la place et le souk ce qui est bien agréable même si en bas non plus, il n’y a pas beaucoup de monde… La veille, le restaurant n’a eu aucun client… Le personnel est réduit à trois : un serveur, un caissier et le chef qui est aussi le patron. Je discute bien évidemment avec eux et ils me remercient chaudement.

Bonnes adresses :
Abdel Halim Hafez café – café local
Jamboree – restaurant
Le temple d’Amon-Re (Karnak)

Galerie
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8 comments

  1. Aargh ! C’est superbe !! Et ces couleurs, ces couleurs !! Ce bleu est à se décrocher la mâchoire !!

    Vivement la suite !

  2. Imaginer, s’imaginer… quand on est dans ces lieux c’est difficile… très belles photos merci pour la balade 🙂

  3. suis compliqué! Quand j’ai visité Delphes, Olympie, le Parthénon… j’avais beaucoup de mal à imaginer (même avec les dessins et plans divers) autre chose que des ruines, je n’arrivais pas à voir autre chose sauf quand les murs et colonnes sont plus présent… à certain endroit lors de mes visites pas grand chose pour imaginer, par contre il y a plus à voir chez toi je trouve ? ahhh ces vieilles pierres n’ont pas encore livré tous leurs secrets! :  » l’emplacement des colonnes est particulièrement troublant, comme identique dans les deux édifices » Je vais de ce pas prendre quelques renseignements 😉 décidément j’ai de plus en plus des doutes sur la l’histoire enfin celle que l’on nous oblige à croire…

  4. Dis m’sieur, tu as vu la dernière hypothèse scientifique (très sérieuse) à propos du mystère de la construction des pyramides ? Des scientifiques de l’université d’Amsterdam auraient découvert qu’ils déplaçaient les blocs de pierres de centaines de tonnes sur du sable humidifié avec une teneur en eau bien précise. Cela le rend compact et permet le déplacement des pierres sur les luges qui les portaient. A suivre ! 😉

  5. oui oui ai vu 🙂 une théorie supplémentaire!! mais c’est chouette que les scientifiques s’occupent encore de ce mystère!
    Chaque fois que je lis un article sur ces pyramides et que la phrase comme 4500 ans AV JC… cela me laisse rêveur!!!
    Enfin sur le sable avec de l’eau pour y faire glisser les traîneaux je veux bien y croire, mais quand il n’y a plus de sable… J’imagine aussi qu’ils devaient mettre de l’eau aussi sous les traîneaux qui amenaient l’eau … heureusement le Nil n’est pas si loin… quel mystère…

  6. Pingback: Souvenirs photographiques d'un voyage en Egypte - bonnes adresses | Color Lounge

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