Souvenirs d’Egypte – 3/13

Jour 4 – le 26 décembre

Grâce à Magdi et surtout suite à la suggestion de Sherif la veille, je mange un petit déjeuner égyptien typique avec du foul. L’avantage, c’est que cela permet de tenir un bon moment de la journée car c’est assez lourd. Les fèves en tant que telles sont semblables à toutes les autres mais les épices et la préparation les rendent très exotiques. J’adore le cumin et je suis ravi de découvrir ce plat.

Pour ma deuxième journée complète au Caire, je souhaite continuer ma promenade architecturale et islamique avec des mosquées et des quartiers populaires entre la Citadelle et Khan El-Khalili.
Je pars pour la Citadelle en taxi après une bonne négociation du prix. Elle est en fait assez loin, à l’est de la ville et l’entrée se trouve du côté est. Perchée sur une colline, on la repère de loin non seulement parce qu’elle est grande mais aussi avec son style typique. Beaucoup de gens qui sont allés à Istanbul lui trouve un air de Sainte Sophie et cela, non sans une certaine vérité. Sa construction est de style turque et la large coupole ainsi que les minarets fins constituent les caractéristiques de ce style. La Citadelle est en fait un complexe bâti par Salah el-Din au XIIe siècle. Elle a subi divers réaménagements et extensions dont la mosquée Mahammed-Ali qu’on voit de loin avec sa fameuse coupole et minarets.
La cour intérieure est intéressante, notamment la « fontaine » pour les ablutions mais qui ne coule malheureusement plus. Les détails sont riches et l’albâtre a été patiemment travaillé. Il y a bien l’horloge astronomique d’un style douteux offerte par la France mais elle ne fonctionne pas et est en restauration depuis le XIXe siècle… Mais je suis surtout venu pour l’intérieur et je ne suis pas déçu.

Cedric Riveau

Détail de la fontaine

Sous les magnifiques voûtes des coupoles, le lustre imposant du milieu semble symboliser le centre d’une galaxie et les lampes qui l’entourent constituent ses bras comme pour notre Voie lactée. Je suis soufflé. Je reste un bon moment pour admirer, faire des photographies et un panorama. De jeunes Égyptiens me voyant à genoux, toujours à la même place, avec mon trépied finissent par venir me parler après avoir tourné pendant dix minutes. Ils sont amusants et aussi curieux qu’ils sont jeunes. Ils veulent absolument faire des clichés avec moi et je prends quelques minutes pour poser avec eux. Ils sont une bonne quinzaine.

En sortant, je cherche un taxi pour me rendre à la mosquée bleue même si elle ne paraît pas très loin sur le plan. Très grave erreur… La galère du jour commence.
Un premier taxi à la sortie de la Citadelle me propose un prix exorbitant et je l’envoie balader. Sur la grande avenue qui contourne l’endroit où je me trouve, j’arrive à négocier un prix de 20LE pour y aller. En y repensant aujourd’hui, le prix est aussi ridicule et avec le compteur, cela doit sans doute revenir à 5 ou 6LE.
Nous roulons. Nous prenons l’autoroute. Je commence à paniquer et il me dit de me détendre, que nous sommes en chemin. Cinq minutes plus tard, alors que nous roulons à 100km/h, je m’énerve et il me dit que tout va bien et que pour me le prouver, il demande à des militaires sur le bas côté de la route. Sauf que je ne comprends rien et qu’il pourrait leur demander la direction de la Lune qu’ils valideraient. Il baragouine à peine en anglais, ce qui ne facilite pas la chose. Plus de 5 minutes plus tard, je m’énerve véritablement et lui ordonne de sortir de l’autoroute, de me déposer. Je suis fou. Il faut encore des kilomètres avant de pouvoir sortir. Je n’ai absolument aucune idée de l’endroit où je me trouve. Ma grave erreur a été de ne pas lui montrer mon plan et d’avoir seulement prononcer le nom de la mosquée bleue en arabe. Il s’arrête devant un poste de police où personne ne parle anglais. Un passant, plutôt jeune vient m’aider. Nous sommes complètement à l’ouest du Caire. Nous avons traversé la ville sur des dizaines de kilomètres alors que la mosquée bleue se trouve au nord de la Citadelle, à 5 kilomètres tout au plus. Le pipeau commence. Le chauffeur dit que je voulais aller aux pyramides… Les pyramides sont au sud de la ville, très loin et on n’y va pas pour 20LE. Je suis furieux, le policier le remarque et fustige le chauffeur. Bien évidemment, l’homme dit qu’il a compris tel endroit en raison de ma prononciation. Je le paie pour la course (sic) mais seulement 10LE, ce que le policier lui demande d’accepter. Il n’a d’ailleurs pas le choix. Le jeune homme m’aide à prendre un autre taxi et lui indique l’endroit où je souhaite aller. Personne ne connaît soit dit en passant… Je demande au chauffeur de mettre le compteur et il me dit qu’il ne fonctionne pas alors qu’il est allumé. Je lui demande de s’arrêter pour prendre un autre taxi. Il me propose un course à 100LE ce que je refuse catégoriquement. J’ouvre la porte pendant que la voiture roule. Il essaie de négocier mais la porte est toujours ouverte. Il lance « Ok, ok ! » et appuie sur le compteur… qui marche donc parfaitement. Enfoiré ! Cela me revient à 20LE et encore, il a fait des détours pas possibles pour gagner quelques livres. Je me fous de sa gueule en lui montrant le compteur par rapport aux 100LE de départ.
Je suis très en colère car j’ai perdu 1h30 et les arnaques de ces gens commencent vraiment à me taper sur le système !

Cédric Riveau

Dans la rue de la mosquée bleue

Il me laisse devant une petite rue car je ne veux plus le voir en peinture une fois arrivé. Je me démerde ! Je m’enfonce dans une rue pour le moins modeste, tout d’abord légèrement inquiet de mon chemin car je marche plus que prévu. Je suis nulle part. Les maisons sont en médiocre état, des terrains vagues servent de champs à des chèvres qui broutent les poubelles sauvages. Certains passants me regardent, d’autres ne font pas attention. Le torse bombé, j’avance fasciné par ce monde que je découvre et où très très peu de touristes s’aventurent. Je finis par tomber sur un bâtiment que je pense être la mosquée bleue. Je m’attendais à des signes extérieurs de couleurs plus visibles… le bleu des carreaux de faïence n’est en fait que sur le mur de fond mais c’est très beau et je suis bien content d’avoir fait le détour (…) Sauf que je ne suis pas au bout de mes galères. Trois hommes à l’entrée dont un pseudo garde qui me colle aux fesses et me met la pression non seulement pour recevoir un bakchich en échange de rien du tout mais aussi qui me signale que je dois vider les lieux rapidement car le responsable de chantier à l’entrée ne veut pas que je sois là. Ou du moins c’est ce que je crois comprendre vu la médiocrité de ses compétences linguistiques… Je prends mon courage à deux mains et vais voir l’homme qui ne parle pas anglais mais me regarde avec de grands yeux pour savoir ce que je veux bien dire : Pourquoi il me demande s’il peut visiter ? Fais comme tu veux semble-t-il dire. L’autre pot de colle se retrouve tout penaud et je retourne au mur bleu. Toujours est-il que ce n’est pas ainsi que je souhaite visiter les endroits qui m’intéressent et que je suis bien échaudé avec l’histoire du taxi.

Je repars à pied en direction des mosquées Sultan Hassan et Al Rifaï. Les pots de colle du jour continuent avec un homme qui prétend s’occuper du ménage et qui me dit que c’est fermé car un imam est interviewé par la télévision, qu’il peut me faire visiter autre chose en attendant mais bien sûr c’est gratuit et je ne risque rien puisque je suis son ami et son frère… Je m’en débarrasse après 10 bonnes minutes de verbiages fatigants et m’éloigne en me disant que je peux toujours aller à la suivante que je souhaite voir. En chemin, avant d’être trop éloigné, je me doute de quelque chose et comme tout ce qui peut vous être dit en Égypte, autant vérifier par moi-même si les deux mosquées sont belles et bien fermées. Bien évidemment, elles ne le sont pas ! Je peste tout en étant content d’enfin comprendre la baratin systématique inhérent à chaque individu qui vous aborde et qui souhaite obtenir quelque chose de vous.

Cédric Riveau

Plafond de l’entrée de la mosquée Sultan Hassan

La décoration intérieure de ces deux mosquées est très impressionnante. Pour la première fois, je suis confronté à des hauteurs de plafond dignes de l’aspect extérieur des édifices : très hauts. Al Rifaï a peu d’intérêt – sauf la salle du tombeau – alors que Sultan Hassan est magnifique pour ses marbres, ses murs, ses décorations et son lustre sous la coupole principale. De l’entrée jusqu’au mausolée du sultan, je suis impressionné.
Pour me rendre à Ibn Tulun, je décide d’éviter la rue principale et ses voitures pour de petites rues. Je me perds complètement et finis par demander mon chemin pour m’y retrouver mais suis admiratif du Caire qui défile sous mes yeux. Je suis au milieu des Caïrotes et je me réjouis de voir toute cette vie locale, ses étals, ses passants… Personne ne fait vraiment attention à moi et je me détends enfin, très heureux de cette promenade tranquille en pleine authenticité égyptienne. Nous ne sommes pas dans un quartier touristique et les gens sont détendus, affairés, certains souriants et si certains me font signe de la main pour refuser la photographie, d’autres s’en amusent et personne ne vient m’emmerder. Je traverse les quartiers les plus intéressants au niveau humain de mon séjour et cela fait un bien fou.

Cédric Riveau

Perdu dans les rues du Caire entre Sultan Hassan et Ibn Tulun

La mosquée d’Ibn Tulun est très impressionnante avec sa grande cour, son minaret où on peut monter comme on veut et la lumière du milieu de l’après-midi la met très bien en valeur.
En chemin vers le minaret, on peut même monter sur le toit de l’enceinte et faire le tour si on le souhaite. Cette liberté de pouvoir monter n’importe où me réjouit, moi qui viens d’un pays où chaque pas est contrôlé, où monter sur les toits ne peut pas se faire dans 99,9 % des cas, soit en raison d’une barrière, soit en raison d’une règle décrétée par on ne sait qui. Au Caire, à chacune de mes journées, je peux profiter d’un panorama sur la capitale sans me casser la tête… D’abord seul en haut du minaret, je suis rejoint par un groupe de lycéennes qui grimpe les marches avec des cris de plus en plus aigus au fur et à mesure qu’il monte. Je me moque d’elles. Elles se moquent d’elles-mêmes et s’excusent d’être si bruyantes. Nous discutons rapidement et j’en profite pour prendre en photographie les plus téméraires. L’autre moitié n’a pas osé gravir les dernières marches, les plus étroites.
Dans la même enceinte mais avec une entrée différente, on visite le musée Gayer-Anderson.
La beauté du lieu frappe aussitôt qu’on y pénètre mais il y a autre chose… alors que je commence ma visite, j’ai l’impression d’avoir déjà vu l’endroit. Est-ce la ressemblance avec les maisons visitées la veille ? Est-ce une maison dans un autre pays ?

Cedric Riveau

Une des pièces du rez-de-chaussée du musée Gayer-Anderson

Mon billet en poche, je passe par le jardin pour voir la maison et les plantes. Je tombe sur un groupe d’hommes qui prie et je ne peux m’empêcher d’immortaliser ce moment.
Il s’agit de deux maisons du XVIe et XVIIe siècle. Le docteur britannique Robert Gayer-Anderson y vécut de 1935 à 1942 et y a rassemblé une collection d’objets antiques ou artistiques d’une immense valeur. Véritable musée, on visite ce dédale de pièces, d’étages et de passages secrets les yeux brillants et la bouche bée. L’homme était d’un goût exquis et avait un œil pour choisir les plus belles choses. Cette sensation d’avoir déjà vu l’endroit se renforce et devient évidente sur la terrasse. Quand mon guide prononce le nom de James Bond, cela fait tilt dans ma tête : L’espion qui m’aimait, Requin, le temple de Louxor, le spectacle son et lumière des pyramides… et la maison Gayer-Anderson ! Je n’arrive pas me débarrasser du guide qui, s’il me montre des endroits que je n’aurais pas découverts par moi-même, est toujours à m’appeler, à me dire d’avancer, de continuer et de m’amadouer en me disant que je suis un artiste, que je prends des photos incroyablement magnifiques alors qu’il ne les regarde même pas… Ça me fatigue !

Je décide de réaliser ma seconde plongée du jour dans les petites rues du Caire et remonte jusqu’à Khan El-Khalili. Je ne m’en lasse pas. Je suis au milieu de quartiers modestes où les gens vaquent à leur occupation, travaillent – le coup du transport des pains sur la tête tout en vélo me surprend à chaque fois – ou vendent quelque chose. Chats, chiens, chèvres, chevaux, ânes nous côtoient comme si de rien n’était. L’approche du souk se fait sentir au style des échoppes et aux thématiques qui reviennent selon les secteurs. Après avoir traversé l’avenue encombrée Sari el-Azhar, je tombe sur un magasin d’essences où je fais des achats. Un des vendeurs me demande ce que je veux mais je n’en ai aucune idée. Des tas de Caïrotes attendent leur tour et les employés n’arrêtent pas. Dans les faits, ils peuvent tout reproduire. Il me suffit de donner le nom d’une eau de toilette et ils me la font. Rien ne me vient. Je me retrouve avec chaque centimètre-carré de mes mains couvert de parfums et je ne sais plus où donner de la tête. Un des premiers échantillons était du jasmin, ce que je prends et que je paie un prix dérisoire. Même si cela sent très bon, ce n’est pas forcément ce que je suis venu chercher mais je reviendrai le dernier jour de mon voyage. En me promenant, je me suis rendu compte à plusieurs reprises que l’Égypte est un pays d’essences, d’odeurs et très souvent, au détour d’une rue, au passage d’un passant, des émanations divines viennent côtoyer vos narines. Mes deux bouteilles de jasmin ne sont qu’un début, j’en suis persuadé.
Pour découvrir les véritables boutiques intéressantes, il faut sortir de l’axe principal, bien trop touristique et où on ne trouve que des produits inintéressants. De plus, lorsqu’on s’enfonce dans les ruelles, on découvre des merveilles architecturales qui justifient pleinement la promenade. Dans une allée étroite qui forme une virgule, je cherche un café recommandé par le Routard. Il a fermé… manque de clients oblige…

Cedric Riveau

L’axe principal du souk de Khan El-Khalili

Je retourne vers l’avenue Al-Azhar pour appeler un taxi. Je tombe sur un jeune chauffeur tout sourire qui met le compteur aussitôt que je suis assis et ne fait aucun détour pour me laisser là où je lui ai demandé, sur la place Al-Falaki. Voilà qui me fait bien plaisir, qui me réconcilie avec les gens. Peu de temps après, je retrouve Maruyama san qui vient me chercher à mon hôtel. J’ai le droit à une visite guidée digne de ce nom avec ce professionnel des guides touristiques japonais qui habite au Caire depuis 13 ans. Il porte la djellaba et parle égyptien. Ce Japonais au visage tout rond est charmant et très serviable. Il récupère les ramen lyophilisés que je lui ai rapportés du Japon avec un immense sourire. Après le restaurant, il me montre le quartier très commerçant de Talaat Harb où on trouve notamment la très populaire pâtisserie El-Abd, le cinéma rétro Metro, le café Oum Kalsoum. L’ambiance y est excellente. Nous passons aussi dans sa chambre d’hôtel, juste devant un marché nocturne. Je découvre un capharnaüm de vieux garçon digne d’un film…
Nous terminons par un supermarché, le genre de magasins que je souhaite absolument faire quand je voyage dans un pays étranger.

Bonnes adresses :
Karama perfumes – essences/huiles – 112 Sharia al-Azhar, Khan El-Khalili
Al-Abd – pâtisserie – 25 Sharia Talaat Harb, Downtown
Felfela – restaurant – 15 rue Hoda Shaarawi, Downtown
Cinéma Metro – cinéma – 35 Sharia Talaat Harb, Downtown
Café Oum Kalsoum – café

Galerie
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6 comments

  1. Ah la la les négociations avec les taxis…ça a fait transpirer du monde! Rien ne change on dirait!
    Les faïences bleues rappellent davantage les pays d’Asie que sur d’autres décors déjà vus sur les photos précédentes.
    Est-ce qu’on entend Oum Kalsoum chanter dans le café qui porte son nom?

  2. Oui oui bien sûr. Quand on va au café Oum Kalsoum, on a le droit à ses chansons en musique de fond ! Si ce n’est le kitsch, l’endroit n’est pas si intéressant.

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