Portraits de juillet 2013

Portraits du jour
▲ 12 juillet – Ishikawa san, 40, coiffeuse – Tokyo opera city
Lors du vernissage de l’exposition Why not live for art, je suis tombé sur une troupe bien sympathique appelée Office bacteria. Alors que se déroule l’exposition principale à l’étage de la galerie de Tokyo opera city, il y a toujours une seconde installation, plus modeste au-dessus. Cette fois-ci, Le travail présenté était celui de Teppei Ikehila (池平徹兵) appelé Project N. C’est justement Ishikawa san qui m’y emmena. Je l’aperçus au pied de l’escalier avec son superbe chapeau et n’hésitais pas une seconde pour lui demander son portrait. Si elle ne dit pas oui tout de suite, elle me demanda de l’accompagner dans sa visite de l’étage supérieur pour voir les toiles de Ikehila san. Du coup, je lui demandais de m’indiquer son tableau préféré tout en essayant de l’apprivoiser pour qu’elle accepte ma demande. Nous sympathisions alors qu’elle m’expliquait ce qu’elle faisait, qu’elle travaillait aussi (un peu) pour le bureau de l’artiste et me sortit sa carte. J’étais amusé par ce nom de « bureau des bactéries » et j’avais reconnu le style graphique du peintre sur sa carte. Peu de temps après d’ailleurs, il arriva et Ishikawa san souhaita à tout prix me le présenter et me facilita même la tâche en lui demandant de poser pour mon objectif.
Sur son chapeau étaient fixées des broches réalisées par le collectif Bacteria et Ishikawa san m’invita à faire, en sortant, un tour à la boutique de la galerie où je pourrais en trouver d’autres ainsi que différentes œuvres des artistes.
Son magasin est à Minami-Aoyama, un quartier très tendance et très chic, ce qui ne manqua pas de m’impressionner. Elle m’invita d’ailleurs à passer dans le salon lorsque je me rendrai dans le coin.
En ce qui concerne la galerie de Tokyo opera city, elle vient de temps en temps lorsqu’une exposition l’interpelle. Cette fois-ci, elle était plus venue pour ses amis que pour l’exposition principale qui m’avait d’ailleurs beaucoup plu.

Portraits du jour
▲ 12 juillet – Sakuya et Teppei, 4 et 35, peintre – Tokyo opera city
Très modeste, très timide, Teppei s’était retrouvé devant mon objectif un peu malgré lui. Du coup, pour se donner un peu plus de consistance, il fit signe à son fils qui se trouvait à l’autre bout du couloir, en haut des escaliers, avec sa mère, de le rejoindre pour le cliché. Il s’agissait pour lui de sa première grande exposition en solo et il en était très heureux. De plus, il exposait dans un endroit qui était loin d’être anodin à Tokyo, Shinjuku et la commissaire de l’exposition est une personne que j’apprécie beaucoup et qui a beaucoup de goût. Si je n’étais pas fan de son travail, le tableau qui me plaisait le plus était celui des chrysanthèmes qui avaient un côté cotonneux très délicat. J’ai d’ailleurs pris le cliché suivant devant cette peinture.

Portraits du jour
▲ 12 juillet – Kanae, Yamato et Chibaki, ?, 7 et 4, artiste – Tokyo opera city
Je faisais presque parti du groupe désormais. Ishikawa san, Teppei et une autre femme que je ne connaissais pas me présentaient aux visiteurs comme si j’étais un membre du collectif. C’est alors qu’arriva Kanae avec ses deux enfants et que tout le monde semblait impatient que je rencontre. Je compris au bout de quelques secondes lorsqu’elle me parla en français. Sans rien comprendre, les spectateurs japonais qui attendaient donc cette rencontre se mirent autour de nous et regardaient Kanae bouche bée qui s’exprimait dans ma langue. Ils applaudissaient. J’apostrophais aussi les enfants qui étaient ravis de pouvoir communiquer car vivant en France, ils ne parlaient pas aussi bien japonais que leur mère le souhaitait. L’adorable Chibaki se mit à tourner autour de moi, à me prendre la main, à me parler comme si nous étions des amis de longue date. Je faisais un peu le fou avec elle sous les yeux brillants de sa mère et du public. Le mari de Kanae est français et ils vivent tous ensemble à Paris.
De mon côté, j’étais fasciné par le chapeau, les accessoires et la tenue très recherchée, très artistique de Kanae. Comme sa fille, je tournais autour d’elle en poussant des cris, complètement fan de son style. Bien évidemment, tout avait été pensé et fabriqué par le collectif Office bacteria pour lequel elle travaillait aussi. Nous nous entendîmes très bien et j’eus du mal à m’extirper du groupe pour aller à mon rendez-vous suivant.

Portraits du jour
▲ 14 juillet – Sasaki san, 70, retraité – Palais impérial
Je filais sur l’avenue Uchibori qui longe les douves du palais impérial en direction de Ginza lorsque je doublai rapidement Sasaki san et son incroyable vélo. Sur le bas côté de cette large voie circulaire, les quatre roues ou plus ne plaisantent pas et il n’est pas bon d’être parmi les véhicules lents surtout quand on est un vélo. Je ne pouvais cependant m’empêcher de me retourner pour voir s’il suivait bien le même chemin, si j’avais une chance de le revoir au prochain feu qui se trouvait bien plus loin. J’attendis. Au bout de cinq bonnes minutes, il arriva tout tranquillement et au moment où il s’arrêta, je pris la route à contre-sens sur quelques mètres. Sasaki san se demandait d’où je débarquais. « Que pouvait bien me vouloir cet énergumène ? » Moi je souriais de le revoir et de pouvoir lui parler. Il me demanda d’abord si cela ne prendrait pas trop de temps – il avait tout le temps du monde car il allait squatter les pelouses du palais impérial côté Hibiya – avant d’accepter. Nous avons avancé et nous sommes mis sur cette esplanade pas très loin de l’entrée du palais. L’autre condition était que je devais lui envoyer le portrait et mon enthousiasme pour le faire l’étonna. Je commençais même par lui demander son adresse avant de prendre le cliché. Il parut surpris. Il me donna une adresse incomplète tout d’abord. Je lui ai demandé ce qu’il voulait à la fin car si j’étais prêt à lui faire parvenir, il n’était pas question que le courrier aille se perdre dans la montagne des NPAI.
Son âge me sidéra. Il ne faisait pas du tout Les 70 ans qu’il m’annonça. Il avait une belle peau lisse et mate qui cachait bien toutes ses années. Ce n’était pourtant pas les expériences qui avait manqué. Il avait apparemment fait plein de métiers différents et sans me donner les détails de son CV, ses grimaces trahissaient suffisamment son éclectisme professionnel. Des boulots recommandables comme d’autres pas très recommandables. Des piges tout autant que des longues durées. Du travail au noir tout autant que des contrats. Il habitait à Bunkyo ku dans le nord de Tokyo et venait de chez lui à vélo.
Pendant que nous discutions, j’observais ce fétichiste et son moyen de transport. Il y en avait absolument partout ! Des objets de récupération en tout genre, des objets utiles pour le vélo comme un rétroviseur, des phares, une gourde mais la plupart du reste n’était là que pour le décor. Tout se logeait dans les détails, que ce soit dans son panier avant ou bien sur sa tête. Cela devait peser et il avait bien du courage de parcourir Tokyo avec un deux roues des plus normaux, avec deux ou trois vitesses aussi lourdement équipé. Sasaki san en avait deux autres comme cela. En tout trois vélos surchargés, euh pardon équipés de la sorte dans son garage. Pourquoi était-ce celui-ci plutôt qu’un autre, je ne sus. Il me désigna le drapeau français qui était punaisé sur sa casquette et qui ne m’avait pas échappé.
Il n’avait pas quitté ses écouteurs pour discuter avec moi. Il continua sa route dans un geste de la main pour me saluer.

Portraits du jour
▲ 21 juillet – Yoshino san, 57, vente – parc Yoyogi
Dans le même style que le festival du Mexique, de la Jamaïque, etc, il y avait en juillet, un peu plus tôt que d’habitude mais toujours au même endroit, le festival du Brésil. De tous ceux où je me suis rendu, c’est de loin le plus amusant, le plus dansant, le plus vivant (voir la sélection de juillet). Les relations économiques entre le Japon et le Brésil étant importantes, la diaspora brésilienne étant importante ici, la diaspora japonaise étant importante là-bas, il y avait donc une ambiance qu’il n’y avait pas dans les autres festivals. Et puis on a beau vouloir balayer les clichés d’un revers de la main, la musique fait partie de la culture brésilienne et tout le monde avait le sang qui bouillait, moi y compris.
Yoshino san se tenait devant cette montagne de tambours et sa dégaine m’a tout de suite plu. Il discutait avec deux hommes, habillés un peu comme lui, de la même troupe. Une bonne heure après notre conversation, j’écoutais sa troupe se déchaîner sur ses tambours et Yoshino san était particulièrement expressif avec sa grosse caisse, la plus grosse. Lors de notre entretien pourtant, j’avais eu l’impression de voir un petit timide qui ne faisait qu’acquiescer ou refuser d’un geste de la tête pour répondre à mes questions. J’avais presque plus discuter avec le chef de la troupe Barra Vento qui avait vécu au Brésil et qui parlait la langue. Yoshino san non mais il exprimait sa passion de façon suffisamment claire avec ses baguettes qu’il faisait virevolter au-dessus de sa tête avant de les écraser contre son tambour. Les percussions justement, il en jouait depuis bien longtemps. Il avait rejoint cette troupe depuis peu mais avait fait d’autres choses avant. Son métier n’avait pourtant rien à voir avec la musique. Il travaillait pour un cabinet d’architectes, au service commercial. Je trouvais amusant ce contraste avec cet homme timide et peu expressif devant mes questions alors qu’il faisait un métier qui supposait tout le contraire.
Tout du long de la discussion, le responsable de la troupe était avec nous et nous parlâmes bien évidemment du Brésil et des langues latines que nous appréciions tous les trois, des langues comme le portugais bien sûr mais aussi l’italien, l’espagnol et le français.

Portraits du jour
▲ 21 juillet – Kanako, 31, édition – parc Yoyogi
Quelques secondes avant 15h, heure du concert de Barra vento, j’aperçus Kanako qui trottait avec son tambour. Comme j’en voyais d’autres qui terminaient de se préparer, je me disais que je pouvais l’embêter un peu pour faire son portrait, que nous avions encore quelques secondes. Si j’ai eu le temps de le faire, je n’ai pas vraiment eu le temps de discuter avec elle. Cependant, comme j’ai assisté à ce concert de folie, j’ai pu un peu parler avec elle après. Je continuais à bouger malgré moi, la musique étant déjà finie, en marchant jusqu’au camion où tous les membres rapportaient leur instrument. Le chef de la troupe était aussi avec nous et je les remerciais sincèrement de ce grand moment tout en les accompagnant.
Kanako travaille dans l’édition et j’avais beaucoup de mal à la figurer comme salariée habillée ainsi devant moi. Elle joue des percussions depuis bien longtemps apparemment et Barra vento fait souvent des concerts. Kanako m’a proposé de venir les voir et de chercher le programme sur Internet car ils n’avaient plus de dépliants à me donner. En ce dimanche de juillet, la journée n’était pas finie et ils joueraient à nouveau ensemble dans un autre endroit à Tokyo.

Portraits du jour
▲ 21 juillet – Junko, trentaine, ONG – parc Yoyogi
Pas de fête brésilienne sans musique et pas de festival brésilien digne de ce nom sans capoeira. Il me fallait donc faire aussi un portrait d’un de ces acrobates mais je préférais avoir une femme, bien moins nombreuses que les hommes dans cette discipline. Devant chaque groupe de musique, ces danseurs formaient un cercle et se relayaient en « duels » devant un public ébahi. Il faut dire que ces corps tournoyant sur le sol exercent une fascination mêlée à une peur face à ces grands mouvements qui se frôlent.
Junko venait de terminer une performance et avait quitté le cercle. Elle marchait tranquillement, pieds nus à même le sol car cela s’exécute ainsi. J’ai vu des dizaines de danseurs sans aucune anicroche mais on se doute bien que cela doit arriver de temps en temps. Avec des chaussures, ce serait pire. Junko a commencé il y a huit ans et a pratiqué ce « sport » de manière discontinue. Ça la défoule et elle adore cela. En apprenant ma nationalité, elle m’expliqua qu’il y avait des français dans son groupe et dans d’autres. Elle les chercha d’ailleurs du regard sans parvenir à les trouver car elle voulait me les présenter. J’aurais d’ailleurs bien discutée avec eux sur leur motivation et leur rapport avec ce sport.
Lorsqu’elle m’expliqua qu’elle travaillait pour une ONG, je n’ai pu m’empêcher d’exprimer mon admiration. Son organisation s’occupe de l’Afrique où Junko a justement vécu. Elle a habité en Zambie, au milieu de nulle part sans électricité ni eau courante. Apparemment, une expérience inoubliable. Il lui arrive parfois d’y retourner. Pas seulement en Zambie mais aussi dans d’autres pays africains.

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