{"id":170,"date":"2007-06-29T09:50:30","date_gmt":"2007-06-29T00:50:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.color-lounge.com\/blog\/?p=170"},"modified":"2013-02-03T13:48:26","modified_gmt":"2013-02-03T04:48:26","slug":"y-2bis-ou-k-6ter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.color-lounge.com\/blog\/2007\/y-2bis-ou-k-6ter\/","title":{"rendered":"Y &#8211; 2bis (ou K &#8211; 6ter)"},"content":{"rendered":"<p>[Histoire(s) &#8211; suite de <a title=\"Avant...\" href=\"https:\/\/www.color-lounge.com\/blog\/?p=154\">Y &#8211; 2 (ou K &#8211; 6bis)<\/a>]<\/p>\n<blockquote><p><em>La libert\u00e9, ce n&rsquo;est pas de pouvoir ce que l&rsquo;on veut, mais de vouloir ce que l&rsquo;on peut.<\/em><br \/>\n<span style=\"font-family: Arial; font-size: xx-small;\">Jean-Paul Sartre<\/span><\/p><\/blockquote>\n<p align=\"center\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.color-lounge.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/y-2bis_01.jpg?w=640&#038;ssl=1\" alt=\"Le menu de Shabu-ya\" \/><\/p>\n<p>Le menu &#8211; d\u00e9pos\u00e9 sur le recto et le verso de grands \u00e9ventails d&rsquo;un rouge puissant &#8211; expliquait les principes pour bien manger un shabu-shabu.<\/p>\n<p>Yann &#8211; en tant qu&rsquo;homme pieux &#8211; consid\u00e9rait l&rsquo;amour comme une religion. Pour moi, le dogme avait toujours \u00e9t\u00e9 une calamit\u00e9, je ne pouvais donc me r\u00e9soudre \u00e0  vouer un culte \u00e0  ma partenaire. Pourtant, on devinait dans ses propos un respect pour sa femme et m\u00eame une r\u00e9solution pour un d\u00e9vouement <em>in extenso<\/em> le jour o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait engag\u00e9. Cela me troublait. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;arch\u00e9type se confirmait davantage au fil de nos confidences.<br \/>\nYann continua sur la diff\u00e9rence de culture. La barri\u00e8re de la langue jouait en notre faveur. Il continuait de nous prouver que notre raisonnement \u00ab\u00a0\u00e9chec &#8211; succ\u00e8s\u00a0\u00bb restait d\u00e9cid\u00e9ment simpliste:<br \/>\n<span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">&#8211; Quand on ne peut pas communiquer dans la pratique, se g\u00e9n\u00e8re une situation d&rsquo;affection virginale. Les sentiments bruts restent simples et inalt\u00e9r\u00e9s car ils ne passent plus par une articulation interpr\u00e9table de mots mais n\u00fbment par notre coeur, notre \u00e2me, bref, notre <em>\u00eatre<\/em>.<\/span><\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"left\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.color-lounge.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/y-2bis_02.jpg?w=640&#038;ssl=1\" alt=\"Le serveur de Shabu-ya\" \/>La soupe \u00e9tait chaude. La danse des aliments pouvait commencer.<\/p>\n<p>\u00e0\u201d combien ce qu&rsquo;il expliquait m&rsquo;interpellait. Je l&rsquo;avais v\u00e9cu suffisamment de fois pour le savoir. Enfant d\u00e9j\u00e0 , du plus loin qu&rsquo;il m&rsquo;en souvienne, je naviguais d&rsquo;une culture \u00e0  l&rsquo;autre gr\u00e2ce \u00e0  mes amis. La diff\u00e9rence m&rsquo;attirait. Enfant aussi, parmi mes premiers d\u00e9sirs, vivre de deux cultures, na\u00eetre m\u00e9tisse de pays distincts, parler deux langues d\u00e8s le d\u00e9part, habiter dans deux pays et deux cultures, se <em>d\u00e9doubler<\/em> avaient constitu\u00e9 mes fantasmes les plus fous. Depuis toujours. Mon envie d&rsquo;Asie se trouvait sans doute m\u00eal\u00e9e \u00e0  cela: s&rsquo;immigrer dans une autre culture. Pourtant, les \u00e9checs de mes vies finissaient par l&#8217;emporter, la vision des autres interf\u00e9rer avec la mienne et m&rsquo;influencer. Ainsi, les questions que je me posais sur le couple franco-japonais prenaient le dessus.<\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">&#8211; Au tout d\u00e9but, mon beau-p\u00e8re et moi ne pouvions communiquer par les mots<\/span> poursuivit Yann. <span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">L&rsquo;un ne parlant pas la langue de l&rsquo;autre. Mais je me souviens de soir\u00e9es enti\u00e8res, sur la terrasse de leur maison, un verre \u00e0  la main, un cigare dans l&rsquo;autre, sous les cieux \u00e9toil\u00e9s de nuits d&rsquo;\u00e9t\u00e9 \u00e0  <em>communiquer<\/em> avec lui plus qu&rsquo;avec de simples mots.<\/span><br \/>\nTranspos\u00e9 dans une vie \u00e0  deux, il est vrai que cela donnait \u00e0  nouveau envie de partager ce genre de sensations. Se sentir en phase avec l&rsquo;autre. Ressentir. Etre <em>deux<\/em>.<br \/>\nUne \u00e9motion certaine m&rsquo;envahissait. Les amis sont fascinants et on ne conna\u00eet jamais vraiment toutes les facettes qui les composent. En d\u00e9couvrir de nouvelles \u00e0  chaque fois que je les rencontre forme une source intarissable de plaisirs. Les amis sont le tr\u00e9sor le plus pr\u00e9cieux de la vie d&rsquo;un individu.<\/p>\n<p>La soupe, toujours chaude, permettait de passer au sacrifice du <a title=\"Wiki sur le sujet...\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daikon\" target=\"_blank\">radis japonais<\/a> qui, une fois cuit, devenait une dentelle moir\u00e9e app\u00e9tissante.<\/p>\n<p align=\"center\"><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.color-lounge.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2007\/07\/y-2bis_05.jpg?w=640&#038;ssl=1\" alt=\"Le radis japonais, comme de la dentelle\u00e2\u20ac\u00a6\" \/><\/p>\n<p>La ressemblance du fonctionnement de Hikaru avec le mien me toucha aussi beaucoup ce soir-l\u00e0 . Hikaru, un japonais \u00ab\u00a0trop fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0trop francis\u00e9\u00a0\u00bb se retrouvait en marge dans sa propre culture. Se plier au syst\u00e8me de cette soci\u00e9t\u00e9 qui ne reconna\u00eet pas la diff\u00e9rence lui \u00e9tait insupportable. Les conditions pour vivre en couple: les fian\u00e7ailles, la demande en mariage,  l&rsquo;\u00e9pouse gestionnaire du foyer&#8230; composaient des \u00e9l\u00e9ments auxquels &#8211; en tant que japonais &#8211; il ne pouvait \u00e9chapper. D&rsquo;autant plus en restant dans le pays.<br \/>\n<span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">&#8211; Non mais toi encore, tu peux te permettre des choses, faire consentir \u00e0  des adaptations parce que tu es \u00e9tranger. Comme la famille t&rsquo;accepte en tant qu&rsquo;\u00e9tranger, tu as moins besoin de te plier aux exigences. Moi, je ne peux pas parce que je suis japonais<\/span> r\u00e9p\u00e9tait-il.<br \/>\n<span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">&#8211; C&rsquo;est peut-\u00eatre plus facile<\/span> r\u00e9pondis-je. <span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">Il n&#8217;emp\u00eache. Avec Mai, c&rsquo;est pourtant bien ce qui se profilait. Elle m&rsquo;avait non seulement mis la pression pour qu&rsquo;on se marie mais en plus, elle avait d\u00e9j\u00e0  calcul\u00e9 le budget, les parts \u00e0  verser en fonction de nos salaires, des \u00e9conomies \u00e0  faire, etc. Quelle angoisse! En gros, je devenais comme les japonais \u00e0  r\u00e9clamer mon argent de poche \u00e0  ma femme \u00e0  chaque fin de mois ou pire, ne pas lui avouer mes extras pour sortir plus souvent avec mes amis!<br \/>\n&#8211; Reste la solution dont nous parlions l&rsquo;autre jour<\/span> rappela Yann. <span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">Vivre dans un autre pays. Toi Hikaru, en France. Et toi, <em>ailleurs<\/em>. Loin de la famille, de la pression.<\/span><\/p>\n<p><img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"right\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.color-lounge.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/y-2bis_04.jpg?w=640&#038;ssl=1\" alt=\"L\u00e2\u20ac\u2122eau est chaude!\" \/>Les verres vides commen\u00e7aient \u00e0  s&rsquo;entasser&#8230; les assiettes aussi&#8230;<\/p>\n<p>La solution \u00e9tait envisageable. Cependant, je ne pouvais m&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0  la difficult\u00e9 pour sa compagne. Vivre dans un autre pays, sans parler la langue, sans doute sans pouvoir travailler, il fallait du courage pour l&rsquo;accepter. Il fallait accepter de se priver. Le d\u00e9vouement <em>in extenso<\/em> me revenait \u00e0  l&rsquo;esprit.<br \/>\nLa question de la libert\u00e9 arriva naturellement \u00e0  ce moment-l\u00e0 . Cette seule chose qu&rsquo;on poss\u00e8de vraiment. Mais jusqu&rsquo;\u00e0  quand?<br \/>\n<span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">&#8211; Au moment de me marier, je me suis engag\u00e9 en pleine connaissance de cause. J&rsquo;ai dit \u00e0  ma femme: \u00ab\u00a0Je te donne ma libert\u00e9.\u00a0\u00bb<\/span><br \/>\nJe trouvais Yann beau au moment o\u00f9 il nous annon\u00e7a cela. La puret\u00e9 et la maturit\u00e9 de cette d\u00e9claration \u00e0  sa femme &#8211; qui la marqua \u00e0  vie &#8211; montrait \u00e0  quel point \u00ab\u00a0immature\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0irresponsable\u00a0\u00bb me correspondaient pour me qualifier. Cette libert\u00e9 que je ne voulais sacrifier.<br \/>\n<span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">&#8211; Vous avez un vice dans le coeur. C&rsquo;est votre d\u00e9sir de libert\u00e9<\/span> ajouta Yann. <span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">Vous adorez votre libert\u00e9! Mais \u00ab\u00a0la libert\u00e9 pour quoi faire?\u00a0\u00bb disait Bernanos.<br \/>\n&#8211; Mais tout simplement parce qu&rsquo;on ne veut pas vieillir!<\/span> r\u00e9pliquai-je. <span style=\"font-family: Arial; font-size: small;\">C&rsquo;est compl\u00e8tement li\u00e9 au sentiment de vieillir et bien que vieillir soit sans appel, nous le rejetons.<\/span> Hikaru approuvait.<br \/>\n<img data-recalc-dims=\"1\" decoding=\"async\" class=\"left\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.color-lounge.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2007\/06\/y-2bis_03.jpg?w=640&#038;ssl=1\" alt=\"Fin de repas\u00e2\u20ac\u00a6\" \/> Le temps. Qui passe. L&rsquo;engagement. Qui p\u00e9rennise. L&rsquo;\u00e2ge. Qui avance. La dur\u00e9e. Qui s&rsquo;\u00e9coule. Tout \u00e9tait li\u00e9. Or, les femmes ont un sentiment de la dur\u00e9e diff\u00e9rent des hommes et par cons\u00e9quent, des attentes qui arrivent \u00e0  des moments diff\u00e9rents. Cette horloge sanguine qui tourne, qui, inlassablement, sonne tous les mois marque une diff\u00e9rence fondamentale avec l&rsquo;homme pour qui l&rsquo;horloge sonne \u00ab\u00a0uniquement\u00a0\u00bb au moment de sa naissance et de sa mort. Mon horloge qui tournait, que je voyais tourner et dans mon immaturit\u00e9 que j&rsquo;essayais en vain de stopper.<\/p>\n<p>L&rsquo;heure \u00e9tait d\u00e9j\u00e0  bien avanc\u00e9e. Le courage de poursuivre jusqu&rsquo;\u00e0  pas d&rsquo;heure nous manqua m\u00eame si l&rsquo;envie fut forte. Hikaru et moi avions une grande journ\u00e9e de boulot dans les pattes. La fatigue nous poussa \u00e0  partir mais nous \u00e9tions heureux. Nous nous s\u00e9par\u00e2mes en nous promettant de recommencer rapidement.<\/p>\n<p>[<a title=\"La suite...\" href=\"https:\/\/www.color-lounge.com\/blog\/?p=176\">\u00e0  suivre<\/a>]<\/p>\n<p>Newsletter:<!--mail_sign_up--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Histoire(s) &#8211; suite de Y &#8211; 2 (ou K &#8211; 6bis)] La libert\u00e9, ce n&rsquo;est pas de pouvoir ce que l&rsquo;on veut, mais de vouloir ce que l&rsquo;on peut. 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