K – 3

[Histoire(s) – suite de K – 2ter]

I don’t wanna wait in vain for your love.
Bob Marley – Waiting in vain

L’appareil… (Leica Digilux 3)

– Un appareil photo! Wow! Un Leica!
Cela n’avait pas échappé à mon oeil connaisseur de boîtiers. L’engin était enfoui dans un chapeau à grosses fleurs hautement colorées. Elle tenait l’ensemble bien camouflé sous son bras plié. J’avais distingué le dos de l’appareil, cela m’avait suffi.

Nous avions déjà discuté un peu de photographie une fois, je ne sais plus quand, où déjà mon attitude, mes gestes trahissaient mes sentiments. Ca devait être cette première fois ou nous avions marché jusqu’à la gare ensemble, cette fois où nous avions parlé des restaurants de Kagurazaka. Quelques jours plus tard, elle m’avait dit:
– J’ai regardé votre site. Impossible de savoir en japonais si la phrase était familière ou polie. Mais le « vous » convenait mieux.
– Et alors?
– C’est beau! Je préfère la galerie verte et la galerie de la Thaïlande.
– Ah?!
– Oui, c’est intéressant.
– Ca veut dire que vous aimez mes photos?
– Oui.

Je dois avouer – pour l’avoir pratiqué bon nombre de fois – que montrer mes dispositions artistiques via mon site est une carte que j’aime jouer. J’aime faire découvrir cet aspect de ma personne.
Sa réaction m’avait surpris – pour ne pas dire déçu – sur le coup mais je me rendais compte avec les jours qui suivraient, avec les discussions que nous aurions et avec ce fameux dîner qu’elle ne faisait pas partie de ces gens démonstratifs. Kei exprimait ses sentiments à sa façon, calme et posée, ce qui n’était pas pour me déplaire eu égard à l’hypocrisie ambiante, eu égard aux démonstrations excessives que j’avais déjà vécues, en décalage par rapport à leur contenu. Le fameux « sugoi!!! » L’essentiel était bien qu’elle avait vu cet autre aspect de moi, ce moi créatif qui ne me fait pas complètement détester ma propre personne. Je voulais qu’elle le voit.
Elle prenait donc aussi des photos, elle avait ce samedi-là son ustensile, c’était une nouvelle ouverture pour l’aborder, pour discuter. Au moment où je pouvais enfin le faire, Hiroko venait discuter avec moi pour me demander quelque chose, pour me donner des nouvelles, je ne sais plus, je n’écoutais pas. Je regardais Kei se faufiler. « Pourquoi te faufiles-tu? ne voudrais-tu pas rester discuter un peu avec moi? n’en as-tu pas envie? ne voudrais-tu pas me montrer un soupçon d’intérêt? un signe que je pourrais chérir plusieurs heures ensuite? » Hiroko me parlait encore. Je me dirigeais vers l’escalier, traînant mon interlocutrice, pour voir dans quelle direction Kei partirait. « A gauche! Ok! » Je m’étais tordu le cou dans tous les sens pour voir, une danse qui devait paraître bien étrange à Hiroko. « Au revoir! »
Je me précipitais vers la gauche. Je la voyais s’éloigner… il y avait du monde… « L’appeler? Courir? » Cela n’allait pas passer inaperçu…

– Kei! Tout le monde s’était retourné, je m’en moquais. Je m’approchais. « Tu es venue avec ton appareil, montre le moi! » Mon coeur, mon âme criaient: « Reste! Reste avec moi! Ne pars pas! »
Du coup, plusieurs personnes s’étaient regroupées autour de nous, suite à mon cri, me voyant manipuler un appareil photo.
Le boîtier ne me passionnait pas comme il l’aurait fait en temps normal. Kei était là , proche, discutait, je l’observais.
Son chapeau était un bob un peu haut, un gros bouton nacré – tel un papillon – flottait sur toutes ces fleurs, son tee-shirt noir décolleté épousait son corps divinement, son jean replié à mi-mollets et ses talons hauts qui lui allongeaient les jambes, elle était désirable.
Il me fallait lui rendre sa liberté. J’avais un dîner, elle avait sûrement des choses à faire.

– Tu as fait des photos aujourd’hui?
– Non, j’y vais là .
– Ah oui?! Tu vas où?
– A Aoyama.
– A quelle heure se couche le soleil maintenant? Il fait déjà sombre vers 18h30?
– Oh oui!

Foutu pays où il fait nuit beaucoup trop tôt!
– Ah dommage… j’ai une fête demain après-midi chez un ami jusqu’à 18h, je t’aurais proposé une balade-photo après… On devrait s’en faire une.
– Oui.

A proposer la prochaine fois que je la verrai! Y aller fin juin.

Mon papillon s’envolait… encore… Je n’arrivais pas à être cette fleur qui pouvait l’attirer.

[à suivre]

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